Un paradoxe économique : plus de richesse, moins de juniors
C’est le chiffre qui secoue le milieu : en France, l’emploi salarié dans l’informatique et les services d’information a reculé de 3,0 % entre fin 2023 et fin 2025. Le plus inquiétant ? Cette baisse est quasi exclusivement portée par les 15-29 ans (hors alternants), qui affichent une contribution négative de -3,8 points à cette évolution.
Pendant ce temps, les profils plus expérimentés (30-54 ans) voient leur contribution progresser de +1,4 point. Ce phénomène est d’autant plus étrange que la valeur ajoutée du secteur continue de grimper : au quatrième trimestre 2025, elle se situait 188 points au-dessus de son niveau de l’an 2000, contre seulement 131 points pour l’emploi.
L’ajustement de l’emploi vis-à-vis de l’IA se concrétise d’abord par un ralentissement des entrées et des recrutements sur les positions de début de carrière.
L’IA générative : le stagiaire parfait qui ne coûte rien ?
L’arrivée massive des grands modèles de langage (LLM) change radicalement la donne. Si l’IA ne remplace pas encore les ingénieurs seniors, elle s’attaque directement aux tâches qui étaient traditionnellement confiées aux profils juniors. Aux États-Unis, l’investissement en data centers a même été multiplié par trois en trois ans pour soutenir cette demande.
Voici les chiffres clés du recul de l’emploi des 15-29 ans (hors alternants) sur un an au quatrième trimestre 2025 :
- Activités informatiques : -7,4 % (contre seulement -0,7 % pour l’ensemble du secteur privé).
- Édition : -5,8 %.
- Conseil en gestion : -3,7 %.
Un choc mondial qui frappe les « cols blancs »
La France n’est pas un cas isolé. Aux États-Unis, l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA a chuté de 16 % depuis la diffusion de l’IA générative. C’est un véritable choc de productivité qui redéfinit la hiérarchie en entreprise : l’IA est jugée « substituable » pour les tâches de début de carrière, mais « complémentaire » pour les experts.
| Indicateur (2025) | États-Unis | France |
|---|---|---|
| Contribution IA à la croissance | +0,7 point | +0,1 point |
| Poids investissement logiciels / PIB | 2,5 % | Donnée non isolée |
| Emploi 15-29 ans (Info) | Recul marqué | -7,4 % |
Comment s’adapter quand on est jeune diplômé en 2026 ?
Si vous êtes actuellement en formation, le message n’est pas de changer de voie, mais de monter en gamme. Les entreprises ne cherchent plus de simples exécutants de code ou de données, mais des profils capables de piloter ces nouveaux outils. En 2024, déjà 42 % des entreprises de l’information-communication utilisaient l’IA en France, contre 10 % en moyenne nationale.
La valeur ajoutée humaine se déplace vers des compétences que l’algorithme ne maîtrise pas :
- L’esprit critique : Valider et corriger les résultats parfois biaisés des LLM.
- Le cadrage : Comprendre les besoins business complexes avant de prompter.
- La curiosité : Anticiper les évolutions d’un marché en recomposition permanente.
La transformation est profonde. L’INSEE souligne que ce retournement est « brutal et concomitant de l’arrivée de cette nouvelle technologie ».
















