Moins de jeunes, trop d’écoles ? Le choc démographique arrive

Une baisse de la population des 0-19 ans de 4,2 % menace de transformer radicalement le paysage de l’enseignement supérieur français d’ici 2033.
Moins de jeunes, trop d'écoles

Le choc des chiffres : une France qui vieillit vite

Si vous avez l’impression que les salles de classe se vident, ce n’est pas qu’une impression. En épluchant les dernières données de l’INSEE (2026 Vs 2020), le constat est sans appel : la jeunesse française recule. En moyenne nationale, la tranche d’âge des 0 à 19 ans affiche une baisse de 4,2 %. Certains départements comme les Vosges ou la Meuse voient même ce chiffre plonger au-delà des 10 %. À l’autre bout de la pyramide, les plus de 75 ans explosent avec une hausse de 21,1 %. On ne parle plus de futur, mais d’une réalité qui frappe déjà nos territoires.

Pour nous, les 16-35 ans, cela signifie que le « gâteau » démographique ne va plus s’agrandir. Jusqu’ici, on compensait la baisse de la natalité par un allongement de la durée des études, mais nous arrivons aujourd’hui à un plafond de verre. Selon le Sies, le service statistique du ministère, le nombre d’étudiants devrait stagner autour de 3,1 millions d’ici 2033. Le moteur de la croissance étudiante est en train de caler, et les conséquences vont se faire sentir bien au-delà des bancs de la fac.

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Code Nom 0 à 19 ans 20 à 39 ans 40 à 59 ans 60 à 74 ans 75 ans et plus
01 Ain 1,5% 6,9% 3,1% 8,6% 25,1%
02 Aisne -7,5% -3,8% -4,4% -1,3% 16,6%
03 Allier -6,8% 0,0% -5,3% -2,7% 12,8%
04 Alpes-de-Haute-Provence -2,3% 4,5% -2,5% 5,3% 17,3%
05 Hautes-Alpes -4,3% 4,5% -1,1% 4,3% 27,1%
06 Alpes-Maritimes -0,8% 5,6% 3,3% 5,3% 18,2%
07 Ardèche -3,4% 2,5% -1,3% 5,1% 19,1%
08 Ardennes -8,5% -4,7% -8,1% 1,8% 17,8%
09 Ariège -5,9% 4,1% -2,0% 5,0% 15,9%
10 Aube -7,0% -2,2% -2,2% -1,2% 18,3%
11 Aude -5,7% 0,4% -1,9% 4,2% 20,2%
12 Aveyron -4,9% -0,6% -2,5% 1,2% 7,8%
13 Bouches-du-Rhône -3,7% 4,3% 1,6% 4,2% 22,1%
14 Calvados -4,7% 3,0% 1,4% 2,7% 26,2%
15 Cantal -6,4% -2,6% -6,1% 4,1% 14,6%
16 Charente -6,8% 1,3% -4,3% 2,5% 16,9%
17 Charente-Maritime -3,7% 3,7% 1,6% 3,7% 27,1%
18 Cher -5,2% 0,3% -6,2% -3,9% 12,9%
19 Corrèze -5,2% 4,6% -3,5% 1,7% 12,9%
2A Corse-du-Sud 7,0% 4,4% 5,5% 13,6% 20,6%
2B Haute-Corse -3,4% -1,6% 1,8% 10,3% 24,6%
21 Côte-d'Or -5,5% 4,0% -1,6% 0,0% 20,7%
22 Côtes-d'Armor -6,1% 2,6% 0,1% 4,4% 18,0%
23 Creuse -2,6% 0,4% -7,0% -0,2% 9,2%
24 Dordogne -3,6% 0,8% -2,4% 3,5% 17,3%
25 Doubs -5,1% -1,2% -0,4% 0,4% 20,0%
26 Drôme -5,6% 0,2% 1,0% 4,8% 21,2%
27 Eure -5,8% -1,4% -0,9% 3,0% 25,5%
28 Eure-et-Loir -5,3% -1,4% -0,3% 0,6% 21,6%
29 Finistère -5,4% 3,4% 0,4% 5,5% 21,8%
30 Gard -0,9% 3,8% 1,7% 6,1% 22,8%
31 Haute-Garonne 2,0% 7,7% 6,3% 8,1% 24,0%
32 Gers -5,2% 1,2% -4,7% 2,9% 13,4%
33 Gironde -0,8% 6,2% 5,7% 4,4% 27,5%
34 Hérault -1,1% 6,1% 5,0% 5,1% 29,6%
35 Ille-et-Vilaine -0,7% 7,5% 3,8% 5,9% 21,6%
36 Indre -8,4% -1,0% -8,2% -0,8% 10,2%
37 Indre-et-Loire -3,5% 2,9% -0,4% 0,3% 21,0%
38 Isère -3,9% 3,5% 1,4% 6,1% 21,3%
39 Jura -7,2% -0,9% -3,8% 0,9% 15,0%
40 Landes -0,3% 7,2% 4,0% 7,3% 24,2%
41 Loir-et-Cher -7,7% 1,3% -3,8% -0,8% 15,6%
42 Loire -3,6% 1,9% 0,0% -1,6% 17,1%
43 Haute-Loire -6,7% 2,8% -3,0% 4,0% 15,4%
44 Loire-Atlantique -2,5% 7,0% 5,2% 4,1% 26,5%
45 Loiret -2,7% 1,7% 0,7% 1,7% 20,9%
46 Lot -5,8% 0,0% -2,9% 2,2% 20,9%
47 Lot-et-Garonne -3,1% 1,7% -2,5% 2,0% 15,0%
48 Lozère -8,0% -3,6% -4,5% 3,6% 21,6%
49 Maine-et-Loire -3,6% 3,7% 1,8% 2,6% 19,9%
50 Manche -6,8% 0,6% -4,4% 3,5% 20,3%
51 Marne -9,1% -2,2% -3,8% -1,6% 26,2%
52 Haute-Marne -8,3% -4,7% -9,3% -2,6% 13,0%
53 Mayenne -8,6% 1,8% -3,9% 2,9% 12,2%
54 Meurthe-et-Moselle -5,3% -2,3% -0,9% 0,1% 17,0%
55 Meuse -10,1% -5,0% -6,9% 0,9% 16,0%
56 Morbihan -5,5% 3,7% 0,8% 8,1% 28,1%
57 Moselle -4,9% -1,2% -3,1% 5,9% 13,2%
58 Nièvre -5,9% 1,1% -5,7% -2,9% 10,6%
59 Nord -7,5% 0,1% 0,5% 1,3% 24,2%
60 Oise -5,2% -2,3% -1,6% 1,5% 23,9%
61 Orne -8,4% -3,1% -6,6% -0,5% 13,4%
62 Pas-de-Calais -7,2% -3,3% -1,6% 1,6% 22,0%
63 Puy-de-Dôme -6,1% 0,9% -1,8% -1,1% 21,8%
64 Pyrénées-Atlantiques -2,2% 5,7% 2,3% 7,5% 20,2%
65 Hautes-Pyrénées -4,3% 2,8% -3,4% 1,5% 14,7%
66 Pyrénées-Orientales -1,2% 3,1% 2,4% 7,5% 23,9%
67 Bas-Rhin -3,9% 2,8% -1,0% 8,0% 16,2%
68 Haut-Rhin -6,9% -1,0% -2,5% 7,5% 17,4%
69 Rhône -4,5% 3,3% 3,5% 3,5% 20,5%
70 Haute-Saône -9,3% -3,6% -4,2% 0,9% 23,0%
71 Saône-et-Loire -6,2% -0,2% -4,1% 0,4% 14,4%
72 Sarthe -6,0% 0,6% -3,2% 1,0% 15,3%
73 Savoie -4,2% 4,3% -0,2% 7,2% 23,5%
74 Haute-Savoie -0,2% 5,5% 5,0% 8,3% 24,4%
75 Paris -15,7% -1,6% -7,8% -5,3% 20,3%
76 Seine-Maritime -4,6% 0,1% -1,9% 0,8% 21,6%
77 Seine-et-Marne 0,1% 6,7% 3,1% 5,8% 27,5%
78 Yvelines -1,0% 7,1% 2,7% 4,5% 21,0%
79 Deux-Sèvres -7,7% 1,1% -3,1% 3,7% 15,4%
80 Somme -8,7% -1,6% -3,3% 0,1% 21,0%
81 Tarn -3,4% 2,8% 0,2% 5,0% 16,5%
82 Tarn-et-Garonne -3,9% 1,2% 0,7% 4,0% 18,0%
83 Var -0,5% 5,4% 2,1% 6,8% 22,6%
84 Vaucluse -5,2% 0,5% 0,1% 7,2% 27,0%
85 Vendée -4,4% 4,5% 4,0% 7,4% 26,9%
86 Vienne -6,5% -2,1% -1,5% 0,2% 15,9%
87 Haute-Vienne -5,1% 0,5% -3,0% -1,5% 17,4%
88 Vosges -10,6% -3,6% -6,6% -0,4% 17,4%
89 Yonne -7,7% -3,7% -2,7% -0,5% 17,3%
90 Territoire de Belfort -5,1% 0,9% -1,9% 0,1% 15,6%
91 Essonne -0,2% 7,8% 1,3% 6,0% 19,5%
92 Hauts-de-Seine -7,5% 6,0% 2,7% 6,3% 22,7%
93 Seine-Saint-Denis -4,4% 8,3% 6,1% 12,2% 26,5%
94 Val-de-Marne -6,8% 5,4% 0,2% 6,7% 21,2%
95 Val-d'Oise -2,1% 4,7% 4,4% 5,7% 28,9%
971 Guadeloupe -13,3% -3,2% -9,1% 19,7% 29,4%
972 Martinique -9,6% -4,2% -12,4% 20,3% 19,2%
973 Guyane -1,5% 1,5% 9,1% 28,5% 42,7%
974 La Réunion -2,9% 0,0% 0,8% 32,6% 35,5%
976 Mayotte 20,9% 20,9% 20,9% 20,9% 22,3%
TOTAL -4,2% 2,8% 0,3% 4,2% 21,1%

Écoles privées : la fin de l’âge d’or et du recrutement facile

Depuis les années 2010, les écoles privées se sont multipliées comme des petits pains, portées par des fonds d’investissement massifs. Mais avec moins de jeunes de moins de 20 ans, la compétition devient féroce. Est-ce que la baisse des inscriptions que certains observent est uniquement due à la démographie ? Pas seulement. Le marché est aujourd’hui saturé d’acteurs qui se battent pour attirer les mêmes profils. Quand l’offre augmente alors que le nombre de « clients » potentiels diminue, le crash n’est jamais loin.

Le chercheur Mathis d’Aquino, spécialiste à Sciences Po Bordeaux, tire la sonnette d’alarme : il faut se méfier des établissements qui se comportent comme des commerçants cherchant des clients plutôt que des éducateurs formant des étudiants. Dans ce contexte de tension, la qualité de l’enseignement risque de devenir une variable d’ajustement. Si une école peine à remplir ses rangs à cause de la baisse démographique, elle pourrait être tentée de baisser ses standards pour survivre financièrement.

Vers une fracture entre les filières et les régions

Le tableau n’est pas sombre pour tout le monde, mais il devient très sélectif. Les écoles de commerce et d’ingénieurs continuent de grappiller des parts de marché, avec une croissance prévue de plus de 8 % sur la décennie. En revanche, l’université publique, et particulièrement les licences de lettres ou de sciences humaines, pourrait perdre des milliers d’étudiants. On assiste à une polarisation : d’un côté, des filières « stars » qui résistent au choc démographique, de l’autre, des formations qui s’étiolent faute de candidats.

Le taux de poursuite d’études deviendrait le principal déterminant d’un maintien de l’effectif, précise la note de conjoncture du Sies.

En clair, pour sauver les meubles, le système mise tout sur le fait que nous restions tous étudiants plus longtemps. Mais est-ce vraiment viable ? Entre l’augmentation du coût de la vie et des diplômes dont la valeur est parfois remise en question, la stratégie du « toujours plus d’études » pourrait rencontrer ses limites. La baisse des 0-19 ans nous force à nous poser une question brutale : a-t-on trop ouvert d’écoles par rapport à la réalité de notre population ?

Ce que cela change concrètement pour vous

Pour vous qui cherchez une formation ou qui venez de terminer vos études, cette situation change la donne. La concurrence entre les écoles va s’intensifier, ce qui pourrait forcer les meilleurs établissements à monter en gamme pour se démarquer. Mais attention au revers de la médaille : dans les zones où la baisse de population est la plus forte, des campus pourraient fermer, réduisant ainsi l’accès à l’enseignement de proximité. Le choix de votre école doit désormais intégrer cette dimension de pérennité.

Il est temps de regarder les brochures brillantes des écoles avec un œil plus critique. Une école qui investit plus dans son marketing que dans ses professeurs est sans doute une école qui panique face aux chiffres de l’INSEE. La démographie ne ment pas, et elle est en train de redistribuer les cartes d’un secteur qui s’est cru trop longtemps invincible.

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