Pourquoi la limitation des vœux sur Parcoursup ?
Le 6 février, un décret et un arrêté ont introduit une règle restrictive : dans certaines filières, les étudiants étrangers ne peuvent désormais formuler que trois vœux. Le but officiel est de mieux gérer la pression croissante sur des formations déjà saturées, comme les BTS ou le diplôme d’État d’infirmier.
Le Conseil d’État a été saisi en urgence par des organisations étudiantes, dont la FAGE et la FNESI. Celles-ci dénoncent une mesure discriminatoire qui crée une rupture d’égalité entre candidats français et étrangers. Malgré ces arguments, le Conseil d’État a refusé de suspendre le texte, en attendant un examen sur le fond qui pourrait durer plusieurs années.
Quelles filières sont concernées par la limitation des vœux Parcoursup ?
La mesure vise principalement les formations courtes et professionnalisantes. Sont concernés :
- Les BTS et les BTSA.
- Le diplôme de comptabilité et de gestion.
- Les formations hôtelières.
- Le diplôme d’État d’infirmier.
Pour ces filières, les candidats étrangers ne peuvent formuler que trois vœux et trois sous-vœux maximum. En comparaison, les candidats français disposent de cinq vœux et d’une liberté totale sur les sous-vœux.
Les cas spécifiques des IFSI
Les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) sont particulièrement concernés. Déjà très demandés, ils figurent parmi les filières où la concurrence est la plus forte. En 2023, près de 659 000 vœux avaient été formulés pour seulement 38 000 places, soit un candidat sur trois retenu. La nouvelle règle réduit donc encore les chances d’accès des étudiants étrangers.
Quels candidats sont concernés par la limitation ?
Le décret cible les étudiants qui souhaitent intégrer une formation initiale de premier cycle et dont la scolarité en France nécessite l’obtention d’un visa. Sont donc concernés :
- Les étudiants qui n’ont pas obtenu le baccalauréat français.
- Ceux qui ne préparent pas actuellement le baccalauréat français.
En revanche, les étrangers ayant passé le bac en France sont considérés comme des candidats classiques et ne subissent pas cette restriction.
Les arguments des associations étudiantes
Les fédérations étudiantes dénoncent une atteinte à l’égalité des chances. Selon elles, la charte de Parcoursup, qui garantit un traitement équitable et transparent des candidatures, est directement remise en cause par cette limitation.
« Restreindre les choix des étudiants étrangers revient à instaurer une sélection déguisée. Cela fragilise l’accès à des formations déjà sous tension et envoie un signal négatif sur l’ouverture de notre système d’enseignement supérieur », explique Maé Bouteille, vice-présidente à la FAGE.
Pour la FNESI, la mesure va à l’encontre des besoins de la société. Alors que la France manque cruellement d’infirmiers et de soignants, limiter l’accès des étudiants étrangers à ces cursus pourrait accentuer les difficultés de recrutement dans le secteur.
Quels impacts pour les étudiants étrangers ?
Cette limitation des vœux sur Parcoursup entraîne plusieurs conséquences :
- Une réduction des chances d’obtenir une place dans une formation sélective.
- Une pression accrue sur le choix des vœux, chaque décision devenant stratégique.
- Un risque d’exclusion indirecte pour des étudiants qui n’ont pas les moyens de multiplier les candidatures dans d’autres pays.
Pour certains, cette règle pourrait également dissuader de venir étudier en France, au profit d’autres destinations européennes jugées plus accessibles.
Un contexte de forte pression sur Parcoursup
Cette décision intervient dans un cadre déjà tendu. Chaque année, Parcoursup doit absorber un nombre croissant de candidatures. Les formations les plus demandées, comme les BTS ou les IFSI, affichent des taux de sélectivité très élevés. Le gouvernement justifie donc cette mesure par la nécessité de mieux réguler les flux.
Cependant, cette explication peine à convaincre les associations. Elles estiment que la solution devrait passer par un renforcement des capacités d’accueil, plutôt que par des restrictions ciblées sur une catégorie d’étudiants.
Quels scénarios pour l’avenir ?
Le Conseil d’État doit encore examiner la demande d’annulation déposée par les associations étudiantes. Si la procédure suit son cours, la décision finale pourrait ne pas intervenir avant plusieurs années. D’ici là, les étudiants étrangers doivent composer avec cette nouvelle règle.
Par ailleurs, le décret laisse la possibilité au ministère de l’Enseignement supérieur d’étendre la limitation à d’autres filières en fonction de leur attractivité et de leurs capacités d’accueil. Cela alimente les inquiétudes d’une tendance vers une sélectivité accrue.
Un débat sur l’égalité des chances
La limitation des vœux Parcoursup pour les candidats étrangers ouvre un débat plus large sur l’égalité d’accès aux études supérieures. Entre gestion des flux et ouverture internationale, le système français cherche un équilibre difficile. Les prochaines années diront si cette mesure reste une exception ciblée ou si elle devient une norme dans la politique éducative.