De la rue à la « Smart Food » : la genèse d’une revanche
Pour comprendre l’empire Bourbon, il faut rembobiner la cassette. Loin des parcours fléchés des grandes écoles parisiennes, son histoire débute dans la douleur. Né en 1988 à Bordeaux, il grandit dans un contexte familial toxique, entre un père violent et une mère dépressive. La rupture est consommée à ses 16 ans : Anthony se retrouve à la rue. C’est là, dans l’urgence de la survie, que son ADN entrepreneurial se forge.
Il ne s’agit pas de monter des startups pour la gloire, mais de générer du cash pour manger. Ses premiers « business » sont pragmatiques : revente de calculatrices au lycée, débridage de scooters, import-export de voitures allemandes d’occasion. Cette débrouillardise lui permet de financer ses études. Car contrairement aux clichés du self-made-man qui rejette l’école, Bourbon comprend vite que le diplôme est une arme. Il décroche une licence en Droit Privé Général à l’Université de Bordeaux puis un Mastère spécialisé en Sciences de l’Immobilier à l’Université Paris 10.
Le véritable tournant s’opère en 2017. Frustré par le manque de temps pour se nourrir correctement entre ses multiples activités, il crée Feed. Le pari est osé : remplacer un repas complet par une barre ou une boisson nutritionnellement parfaite. Le succès est fulgurant.
- Levées de fonds : L’entreprise cumule rapidement plus de 40 millions d’euros de financement, attirant des géants comme PepsiCo.
- Distribution : La marque s’implante dans 40 pays et plus de 4 000 points de vente physiques, tout en réalisant 70 % de son chiffre d’affaires en ligne.
- Produit : Des recettes véganes, sans gluten, sans OGM, conçues pour apporter 100 % des apports nécessaires.
Blast.Club : briser les portes du capital-risque
Si Feed a fait sa fortune, Blast.Club a assis son influence. Lancé en 2022, ce projet part d’un constat amer : les meilleures opportunités d’investissement sont réservées à une élite (les fonds d’investissement et les ultra-riches). Anthony Bourbon décide de « hacker » ce système en créant un club d’investissement participatif.
Le modèle est simple mais révolutionnaire pour le secteur : permettre aux particuliers d’investir dans des startups à fort potentiel (le « early-stage ») avec un ticket d’entrée à 1 000 euros. En 2024, les chiffres témoignent de l’engouement pour cette démocratisation du capital-risque :
- Communauté : Le club compte environ 8 000 membres actifs.
- Volume investi : Plus de 80 millions d’euros ont été injectés dans une trentaine de startups.
- Objectif 2025 : Atteindre la barre des 150 millions d’euros d’investissements.
Le club ne se contente pas de lever des fonds. Il crée un écosystème où un plombier peut échanger avec un ingénieur ou un footballeur sur un serveur Discord dédié, brisant les silos sociaux habituels de la finance.
La méthode QVEMA : un investisseur qui divise pour mieux régner
Depuis la saison 2, Anthony Bourbon est devenu le visage incontournable de Qui veut être mon associé ? (QVEMA). Son style tranche avec la bienveillance parfois polie des autres jurés. Il est direct, parfois brutal, refusant de s’attarder sur des business plans qu’il juge irréalistes pour se concentrer sur l’humain. Pour lui, l’entrepreneur compte plus que l’idée. Il cherche la « dalle », cette envie démesurée de réussir qu’il connaît bien.
Cette approche paie. Il a investi personnellement plus de 1,5 million d’euros dans l’émission. Parmi ses coups de maître, on retient :
- CapsMe : Un investissement de 200 000 euros contre 15 % des parts pour ces capsules de café réutilisables, un projet porté par des étudiants ingénieurs.
- Life! : Une mise de 40 000 euros pour 25 % de cette startup innovante.
- Block’Fire : Une participation de 200 000 euros (partagée avec Alice Lhabouz) pour 7 % du capital de cet extincteur révolutionnaire.
L’effet Bourbon dépasse l’écran. Sa présence médiatique et son discours sur la méritocratie ont un impact mesurable : on note une augmentation de 43 % des créations d’entreprises chez les 18-30 ans depuis son arrivée dans le paysage médiatique. Il est devenu, pour beaucoup, la preuve vivante que le déterminisme social n’est pas une fatalité.
100 millions d’euros et 40 m² : le paradoxe du minimalisme
Avec une fortune estimée à 100 millions d’euros en 2025, Anthony Bourbon pourrait mener la grande vie. Pourtant, son lifestyle détonne. Il revendique un mode de vie minimaliste, habitant un appartement de 40 m² à Paris. Pas de collection de voitures de sport (même s’il investit dans les montres de collection pour la plus-value), pas de dépenses ostentatoires.
Sa philosophie financière est radicale : l’argent ne doit pas dormir, ni servir à paraître. Il doit travailler. Bourbon ne conserve qu’une épargne de sécurité minime (environ 100 000 euros) et réinvestit la quasi-totalité de ses gains. Sa stratégie de « Business Angel » est agressive : il injecte entre 100 000 et 200 000 euros par ticket dans des startups, multipliant les paris sur l’avenir.
Son portefeuille comprend aujourd’hui des parts dans plus de 50 startups, dont des noms bien connus de la French Tech comme Respire (soins naturels), Bling (fintech) ou Caption (place de marché d’actions). Pour l’année 2025, il accélère encore avec le lancement d’un fonds de 30 millions d’euros dédié aux innovations durables, ciblant l’agriculture régénérative et les énergies renouvelables.
















