Le Royaume-Uni coupé du X : ce qu’il faut savoir
C’est un séisme numérique de l’autre côté de la Manche. À partir du 2 février, si vous tentez de créer un compte sur l’un des fleurons du groupe Aylo depuis Londres ou Manchester, vous risquez de trouver porte close. La maison mère, basée à Chypre, a décidé de frapper fort en restreignant l’accès à ses plateformes les plus populaires. Seuls les utilisateurs disposant déjà d’un compte actif pourront continuer leur navigation habituelle.
Cette décision radicale n’est pas un simple caprice commercial. Le groupe Aylo s’oppose frontalement à la législation britannique qui impose désormais aux sites pornographiques des méthodes strictes de vérification de l’âge. Selon l’entreprise, ces mesures sont inefficaces et, paradoxalement, pourraient s’avérer plus dangereuses que le problème qu’elles tentent de résoudre.
La « face sombre » d’Internet : l’alerte du groupe Aylo
Pourquoi un tel bras de fer ? Pour Aylo, le gouvernement britannique fait fausse route. En imposant des barrières complexes sur les sites officiels et régulés, les autorités risqueraient de pousser les internautes vers des plateformes clandestines. « La grande majorité des sites proposant des contenus inappropriés ne font l’objet d’aucun contrôle », explique le groupe dans son communiqué officiel.
On craint ici un effet de bord majeur : le déplacement du trafic vers des « coins plus sombres et non réglementés d’Internet ». En clair, là où les contenus ne sont pas modérés et où les risques de tomber sur des vidéos illégales ou violentes sont démultipliés. Pour le géant du secteur, forcer l’identification sur les sites légaux revient à ouvrir une boîte de Pandore numérique.
Les règles britanniques, loin de protéger les mineurs, ont en réalité détourné le trafic vers des zones non réglementées.
Vie privée ou sécurité : le dilemme des données
Au-delà de la sécurité des mineurs, c’est la question de la vie privée qui fâche. Demander une pièce d’identité ou une empreinte de carte bancaire pour accéder à du contenu adulte refroidit forcément les utilisateurs. Aylo estime que la responsabilité ne devrait pas peser sur les éditeurs de sites, mais directement sur les fabricants de matériel.
Leur proposition est simple : chaque smartphone, tablette ou ordinateur devrait être configuré par défaut comme un « appareil sécurisé » dès l’achat. Selon eux, c’est au niveau du hardware que la protection de l’enfance doit se jouer, et non par la création de bases de données massives sur les habitudes de consommation pornographique des citoyens, ce qui représenterait un risque majeur pour la protection des données personnelles.
Un air de déjà-vu avec la situation en France
Si ce scénario vous rappelle quelque chose, c’est normal. La France mène un combat similaire avec l’Arcom pour imposer une vérification d’âge robuste. Le groupe Aylo avait déjà testé le rapport de force chez nous, suspendant ses services en juin avant de les rétablir temporairement, puis de bloquer à nouveau certains accès mi-juillet suite aux décisions de la plus haute juridiction administrative française.
Le Royaume-Uni devient donc le nouveau laboratoire de cette guerre mondiale pour le contrôle du Web adulte. Entre la volonté des États de protéger les plus jeunes et la résistance des plateformes défendant la liberté d’accès et l’anonymat, le dialogue semble rompu. Pour l’instant, les Britanniques n’ont plus que quelques jours pour profiter d’un accès libre avant que le rideau ne tombe.
- Blocage des nouveaux comptes dès le 2 février.
- Contestation des méthodes de vérification d’âge.
- Inquiétudes sur la fuite des données personnelles.
- Risque de migration vers des sites non modérés.








