La fin du tabou face au manager
Fini le temps où s’absenter plus de quelques jours pour une naissance était perçu comme un manque d’ambition. Aujourd’hui, les hommes de la génération 16-35 ans assument pleinement leur rôle. L’enquête Familles et employeurs de 2024 révèle que la crainte d’être « mal vu » par la hiérarchie ou les collègues est de moins en moins citée comme un frein.
Cette évolution témoigne d’un changement profond des mentalités. Comme le souligne Clément, un jeune père de 34 ans interrogé pour l’étude, il s’agit de rompre avec les anciens schémas pour prendre une place réelle auprès du bébé dès les premières semaines. Le congé de 28 jours (incluant les 3 jours de naissance) est désormais ancré dans les mœurs de 8 pères sur 10.
Le boom du congé « en solo » : le nouveau game-changer
C’est la petite révolution dans la révolution : la prise de congé sans la présence de la compagne à domicile. Depuis l’allongement de la durée en juillet 2021, le nombre de pères s’occupant seuls de leur enfant est passé de 2 % à 8 %. Ce mode d’organisation, rendu possible par le fractionnement du congé, est jugé comme le plus favorable à un investissement durable dans les tâches parentales.
- Fractionnement : Un quart des congés sont désormais pris après le retour au travail de la mère.
- Engagement : Le congé « solo » permet au père de développer ses propres réflexes sans déléguer.
- Flexibilité : Le reliquat de 21 jours peut être pris jusqu’au 6e mois de l’enfant.
Cette flexibilité permet d’adapter le calendrier aux contraintes du couple. Par exemple, certains préfèrent garder une partie du congé pour couvrir une période de vacances ou pour assurer la transition au moment où la mère reprend son activité professionnelle.
Des inégalités qui persistent selon le contrat
Si la norme sociale progresse, la réalité économique reste un obstacle pour certains. Les pères en CDI (secteur public et privé) affichent les taux de recours les plus élevés, à l’inverse des travailleurs indépendants. Pour ces derniers, la charge de travail et l’absence de remplacement direct freinent encore l’utilisation totale des 25 jours facultatifs.
Les motifs financiers sont également plus présents chez les pères en contrats courts ou au chômage, malgré le fait que le congé de paternité permette de prolonger les droits aux indemnités. Le niveau de diplôme joue aussi : les diplômés du supérieur utilisent plus largement le dispositif que les pères moins diplômés, souvent plus précaires face à leur employeur.
2026 : L’arrivée du congé de naissance supplémentaire
L’année 2026 marque une nouvelle étape majeure avec l’entrée en vigueur du congé supplémentaire de naissance le 1er juillet. Ce nouveau dispositif permettra à chaque parent de prendre jusqu’à deux mois de congé additionnels, rémunérés à hauteur de 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second.
Ce nouveau congé pourra être pris après le congé de paternité classique, offrant ainsi aux familles une protection sociale inédite. Pour bénéficier de ces avancées, il suffit de prévenir l’employeur au moins un mois à l’avance. Une formalité qui devient, mois après mois, une étape naturelle de la carrière d’un homme en France.
« Il était temps qu’on prenne notre place auprès de nos bébés et qu’on rompe avec les anciens schémas », témoigne Clément dans l’étude de l’Ined.
















