Une attaque préméditée en plein cœur de Paris
Il est 17h44 ce vendredi lorsqu’un appel fait basculer la soirée au commissariat d’Aulnay-sous-Bois. Au bout du fil, Brahim Bahrir annonce froidement ses intentions : « Je vais tirer sur quelqu’un d’armé… on va voir qui va triompher sous l’Arc de Triomphe ». Malgré cette alerte et une géolocalisation immédiate, l’homme de 47 ans parvient à rejoindre la place de l’Étoile en quelques minutes.
Vers 18h09, alors que la cérémonie du ravivage de la Flamme du Soldat inconnu débute, il se précipite sur un gendarme de la musique mobile avec un couteau et une paire de ciseaux. Par miracle, la lame bute sur le col épais de la gabardine du militaire, qui s’en sort indemne. Un collègue réagit instantanément et ouvre le feu à quatre reprises. Brahim Bahrir décédera à l’hôpital deux heures plus tard.
Un terroriste récidiviste déjà condamné en Belgique
Brahim Bahrir n’était pas un inconnu pour les services de renseignement. Son nom figure dans les archives du terrorisme depuis 2012. À l’époque, il avait quitté l’Île-de-France pour Bruxelles avec un objectif précis : « punir » la Belgique pour l’interdiction du voile intégral. Dans le métro de Molenbeek, il avait poignardé deux policiers lors d’un contrôle de routine.
Lors de son arrestation, il se revendiquait fièrement « moudjahid » et affichait une fascination pour Mohamed Merah. La justice belge l’avait alors condamné en 2013 à 17 ans de réclusion criminelle pour tentative d’assassinats terroristes. Transféré en France en 2015 pour purger la fin de sa peine, il est finalement sorti de détention le 24 décembre 2025, il y a moins de deux mois.
L’échec de la surveillance des sortants de prison ?
Depuis sa libération, Brahim Bahrir était pourtant placé sous une surveillance extrêmement stricte. Domicilié à Aulnay-sous-Bois, il faisait l’objet d’une mesure MICAS (Mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance). Il avait l’obligation de pointer chaque matin au commissariat, ce qu’il n’avait pas fait le jour de l’attaque.
Ce passage à l’acte éclair illustre la difficulté majeure pour la DGSI et le Parquet national antiterroriste (PNAT) de suivre les « sortants » radicalisés. Malgré un suivi judiciaire et des pointages quotidiens, l’homme a pu se rendre au cœur de la capitale pour tenter de tuer des représentants de l’ordre. Le PNAT a ouvert une enquête pour tentative d’assassinats sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste.
Le profil de Brahim Bahrir en bref :
- Identité : Français né en 1978 à Mantes-la-Jolie.
- Passé criminel : Condamné à 17 ans de prison en Belgique (2013).
- Statut : Fiché S, inscrit au dispositif MICAS, sous surveillance judiciaire.
- Motivations : Islamisme radical, haine des forces de l’ordre, vengeance liée au niqab.
Le président Emmanuel Macron a salué le sang-froid des gendarmes qui ont « stoppé cette attaque terroriste » et évité un drame plus grave. Pour les experts, ce dossier va relancer le débat sur la gestion des détenus terroristes arrivant en fin de peine et l’efficacité des mesures de contrôle administratif après la prison.
« On va voir qui va triompher sous l’Arc de Triomphe » — Brahim Bahrir lors de son dernier appel aux forces de l’ordre.
L’enquête, confiée à la section antiterroriste de la brigade criminelle et à la DGSI, devra désormais déterminer si l’assaillant a bénéficié de complicités pour préparer son geste ou s’il s’agit d’une action isolée d’un homme déterminé à mourir en « combattant ».








