Congé menstruel : l’Espagne, pionnière officielle en Europe

C’est une onde de choc qui traverse le monde du travail : l’Espagne vient officiellement d’adopter le congé menstruel, devenant le premier pays sur le continent européen à franchir le pas.
congé menstruel

Le 16 février 2023 marque un tournant historique. Pour la ministre espagnole de l’Égalité, Irene Montero, ce n’est pas juste une loi, c’est la fin du silence sur une souffrance qui touche des millions de travailleuses. Mais si l’annonce fait rêver, la réalité du terrain et les débats qu’elle suscite chez nos voisins espagnols montrent que le chemin vers l’égalité est encore semé d’embûches.

Concrètement, ça change quoi pour les Espagnoles ?

Désormais, les salariées souffrant de règles incapacitantes peuvent demander un arrêt de travail spécifique. Contrairement à un arrêt maladie classique, celui-ci est reconnu comme une « situation spéciale d’incapacité temporaire ».

  • Zéro perte de salaire : Le congé est financé dès le premier jour par la Sécurité sociale espagnole, pas par l’employeur.
  • Focus pathologies : Le texte cible surtout les douleurs liées à l’endométriose ou aux ovaires polykystiques.
  • Pas de limite fixe : C’est le médecin traitant qui valide la durée de l’arrêt selon l’état de la patiente.

Cette mesure s’inscrit dans une loi plus large qui renforce aussi l’accès à l’avortement dans les hôpitaux publics et permet le libre changement de genre dès 16 ans. Un « pack » social ultra-ambitieux qui place l’Espagne à la pointe des droits progressistes.

Un succès en demi-teinte ? Les chiffres qui interpellent

Pourtant, un an après le lancement, le bilan comptable est étonnamment bas. Sur 6 millions de femmes actives en Espagne, le ministère de l’Inclusion n’a recensé que 1 418 arrêts pour ce motif spécifique au bout de douze mois. Pourquoi un tel décalage ?

« La douleur de la stigmatisation au travail est peut-être plus pesante que la douleur physique. » — Analyse de la RTVE.

Plusieurs freins expliquent cette sous-utilisation massive. D’abord, le diagnostic médical est obligatoire, alors que l’endométriose met en moyenne 8 ans à être détectée en Espagne. Ensuite, il y a la peur de la « rebiologisation » : l’idée que les femmes seraient perçues comme des employées « à risque » ou moins productives, freinant ainsi leur carrière ou le renouvellement de leur contrat.

Et en France ? La pression monte

Forcément, l’exemple espagnol fait bouger les lignes chez nous. Si le gouvernement reste prudent, plusieurs parlementaires de gauche préparent déjà le terrain pour une version française du texte.

  • Expérimentations locales : La mairie de Saint-Ouen a déjà lancé le dispositif pour ses agentes.
  • Sébastien Peytavie : Le député écologiste teste déjà le congé menstruel au sein de sa propre équipe parlementaire.
  • Le défi du secret médical : En France, les députés cherchent une formule qui garantit l’anonymat pour éviter que l’employeur ne connaisse le motif exact de l’absence.

Le débat français se concentre aussi sur la forme : faut-il un « congé » payé par la boîte ou un « arrêt maladie » pris en charge par la Sécu ? L’enjeu est de ne pas créer une double peine pour les femmes qui, aujourd’hui, doivent souvent utiliser des jours de carence pour rester chez elles quand la douleur devient insupportable.

L’Espagne a ouvert la voie, mais elle montre aussi que la loi ne suffit pas si la culture d’entreprise ne suit pas. Entre progrès médical et risque de discrimination, le congé menstruel est le nouveau défi RH de cette décennie.

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