On ne parle pas d’une prison ordinaire. L’établissement alsacien, situé près de Mulhouse dans le Haut-Rhin, est une véritable forteresse spécialisée dans les très longues peines. À 73 ans, l’homme qui a orchestré le calvaire de Gisèle Pelicot pendant une décennie quitte le sud de la France pour un tête-à-tête avec son destin.
Un « casting » de détenus qui fait froid dans le dos
Si Ensisheim fait régulièrement la Une des médias, c’est parce qu’elle abrite les noms les plus sombres des faits divers français. En franchissant les portes de la centrale, Dominique Pelicot intègre une communauté de détenus tristement célèbres.
- Jonathann Daval : condamné à 25 ans pour le meurtre de sa femme Alexia.
- Nordahl Lelandais : qui purge la perpétuité pour les meurtres de la petite Maëlys et du caporal Noyer.
- Guy Georges : le « tueur de l’Est parisien », condamné pour sept assassinats et viols.
- Francis Heaulme : le « routard du crime », lui aussi présent entre ces murs.
Imaginez l’ambiance en promenade. Selon des sources syndicales rapportées par l’AFP et France 3, ce transfert s’est déroulé « sans aucun problème » mardi après-midi. Pelicot est arrivé vers 17h30, prêt à entamer ses 20 ans de réclusion criminelle, le verdict maximum prononcé en décembre dernier à Avignon.
Pourquoi Ensisheim ? Le choix d’une sécurité maximale
Vous vous demandez sûrement pourquoi l’envoyer là-bas ? La réponse est technique. La maison centrale d’Ensisheim est conçue pour les profils comme le sien : des hommes condamnés à de lourdes peines qui n’ont plus rien à perdre. Là-bas, le régime est strict, avec une majorité de cellules individuelles.
« À Ensisheim, il ne craint pas grand-chose. Beaucoup d’autres sont aussi là pour des crimes sexuels. Les loups ne se mangent pas entre eux. »
Cette déclaration choc d’une source syndicale à France 3 Grand Est résume bien la situation. Dans les prisons classiques, les « pointeurs » (les délinquants sexuels) sont souvent pris pour cibles par les autres détenus. Mais à Ensisheim, la population carcérale est tellement spécifique que Dominique Pelicot devrait, paradoxalement, y être plus « en sécurité » qu’ailleurs.
Le rappel d’une affaire qui a marqué la France
Pour ceux qui auraient coupé leurs réseaux sociaux ces derniers mois, on rappelle que Dominique Pelicot est le cerveau de l’affaire dite des « viols de Mazan« . Entre 2011 et 2020, il a drogué son épouse à son insu pour la livrer à des dizaines d’inconnus recrutés sur internet.
Le procès, qui s’est achevé fin 2024, a été un véritable séisme sociétal, porté par le courage de Gisèle Pelicot qui a refusé le huis clos pour que « la honte change de camp ». Dominique Pelicot n’avait pas fait appel de sa condamnation, acceptant de fait de finir ses jours derrière les barreaux.
Même si ce transfert semble clore un chapitre, le passé de Pelicot n’est pas totalement soldé. Le septuagénaire reste dans le viseur de la justice pour d’autres dossiers non résolus :
- Le meurtre et le viol de Sophie Narme à Paris en 1991 (qu’il nie)
- Une tentative de viol sur une agente immobilière en 1999 (qu’il a reconnue)
Ces affaires sont désormais entre les mains du pôle « cold cases » de Nanterre. En attendant, Pelicot va devoir s’habituer au climat alsacien et à la routine d’un établissement où le temps semble s’être arrêté pour les criminels les plus médiatisés de l’Hexagone.
Le personnel pénitentiaire, de son côté, reste pro. Comme l’a précisé un représentant syndical au Dauphiné Libéré, « quelle que soit l’ampleur de l’affaire, nous accueillons tous les détenus de la même façon ». Pour Pelicot, la vie de château à Mazan est définitivement remplacée par les 9 mètres carrés d’une cellule d’Ensisheim.








