École Averroès : le préfet refuse l’ouverture du primaire

Le feuilleton judiciaire entre l’État et le groupe scolaire musulman Averroès repart de plus belle. La préfecture du Nord vient de bloquer net le projet d’ouverture d’une classe de primaire pour la rentrée 2026.
lycee averoes

Un refus motivé par la « mouvance frériste »

Alors que l’établissement lillois espérait accueillir ses premiers élèves de CP l’année prochaine, le préfet Bertrand Gaume a adressé une fin de recevoir le 22 janvier dernier. Le motif invoqué est lourd : le projet se rattacherait « clairement à la mouvance frériste », en référence aux Frères musulmans. Cette organisation sunnite est au cœur de toutes les tensions politiques récentes, l’Assemblée nationale ayant même voté fin janvier une résolution pour demander son inscription sur la liste des organisations terroristes de l’UE.

Pour la direction d’Averroès, qui accueille déjà près de 800 élèves entre son collège et son lycée, c’est l’incompréhension totale. Éric Dufour, le directeur de l’établissement, dénonce une « éternelle suspicion » qui semble ignorer les précédentes décisions de justice. Il faut dire que le groupe scolaire est l’un des plus inspectés de France et reste, malgré les polémiques, le principal établissement musulman du pays.

La justice, arbitre d’un bras de fer interminable

Ce n’est pas la première fois que le lycée Averroès se retrouve dans le viseur des autorités. En 2023, le préfet de l’époque avait carrément rompu le contrat d’association liant l’école à l’État, accusant le lycée de manquer de « pluralisme culturel ». Coup de théâtre en avril 2025 : le tribunal administratif de Lille avait annulé cette décision, estimant que les preuves apportées par l’État n’étaient pas suffisantes pour justifier une telle mesure.

Ce nouveau refus concernant la classe de CP marque une volonté claire de la préfecture de maintenir la pression. Me Paul Jablonski, l’avocat de l’établissement, a déjà annoncé le dépôt d’un recours en référé dans les jours à venir. L’objectif est simple : faire annuler ce blocage administratif pour permettre aux familles d’inscrire leurs enfants dès septembre 2026.

Un enjeu politique qui dépasse le cadre scolaire

Au-delà des salles de classe, l’affaire Averroès est devenue un véritable symbole politique. L’établissement, ouvert en 2003 juste après l’interdiction du voile à l’école publique, cristallise les débats sur la laïcité et l’influence des réseaux islamistes en France. Si le lycée a toujours démenti tout lien idéologique avec les Frères musulmans, les autorités restent convaincues du contraire, malgré les désaveux successifs devant les tribunaux.

Dans l’attente du jugement en appel sur le contrat d’association du lycée, ce nouveau conflit sur le primaire montre que la hache de guerre est loin d’être enterrée. Pour les 16-35 ans qui suivent de près les questions de libertés publiques et de religion en France, le cas Averroès reste le thermomètre des relations tendues entre l’État et une partie de la communauté musulmane.

« C’est l’éternelle suspicion qui ressurgit, comme si la justice n’avait rien balayé. » — Éric Dufour, directeur du groupe Averroès.

Le futur du groupe scolaire se jouera donc une nouvelle fois devant les magistrats. Sur 75 secondes, on vous tiendra au courant dès que le tribunal administratif aura rendu sa décision sur cette fameuse classe de CP.

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