Jacques Moretti soupçonné de fraude massive aux APL et aides Covid

C’est le nom qui est sur toutes les lèvres depuis le drame du Nouvel An 2026. Jacques Moretti, propriétaire du bar Le Constellation à Crans-Montana, dort aujourd’hui en prison après l’incendie tragique qui a coûté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés. Si l’enquête se concentre sur les négligences de sécurité fatales de cette soirée, le passé de l’entrepreneur corse remonte à la surface. Et il est loin d’être vierge. De Bastia à Genève, en passant par des soupçons d’escroquerie aux aides Covid, portrait d’un homme habitué des tribunaux bien avant cette nuit d’horreur.
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Un casier judiciaire déjà chargé : fraude aux APL et proxénétisme

Bien avant de gérer des établissements de nuit en Suisse, Jacques Moretti avait déjà eu affaire à la justice française. En fouillant dans les archives, on découvre un parcours judiciaire qui débute il y a près de vingt ans.

En janvier 2010, le tribunal correctionnel de Bastia le condamnait pour une affaire assez « terre-à-terre » mais révélatrice : une fraude aux APL. Entre 2004 et 2006, à Ghisonaccia, il aurait fourni de fausses attestations pour toucher indûment près de 7 000 euros d’aides au logement. Le verdict de l’époque ? Quatre mois de prison avec sursis et remboursement intégral à la CAF.

Mais ce n’est pas tout. Deux ans plus tôt, en 2008, c’est pour des faits bien plus lourds qu’il comparaissait à Annecy. Jacques Moretti avait écopé de 12 mois de prison (dont 8 avec sursis) pour proxénétisme aggravé. La justice lui reprochait d’avoir recruté des jeunes femmes pour un salon de massage situé à Genève, dans le quartier des Acacias. Une condamnation qui s’accompagnait pourtant d’une interdiction de gérer une société en France, ce qui ne l’a pas empêché de rebondir ensuite dans le monde de la nuit, notamment en Corse avec l’établissement Le Lollapalouza.

La polémique des aides Covid et de la Maserati

Installé ensuite à Crans-Montana, station huppée du Valais, le couple Moretti a de nouveau attiré l’attention des autorités pendant la pandémie. Comme beaucoup de commerçants, ils ont sollicité des aides publiques pour maintenir à flot leur établissement.

L’histoire qui a fait jaser ? Un prêt de 75 500 francs suisses (environ 80 000 euros) obtenu pour soutenir le bar. Le Ministère public du Valais a longuement enquêté, soupçonnant le couple d’avoir détourné plus de 33 000 francs de cette somme pour payer… le leasing d’une Maserati. La voiture de luxe se trouvait d’ailleurs en Corse au moment des faits.

Il est important de préciser que sur ce dossier spécifique, la justice a ordonné un non-lieu en février 2021. Les preuves d’une « tromperie astucieuse » n’ont pas été jugées suffisantes. Néanmoins, cet épisode dépeint le train de vie et les méthodes de gestion financière d’un homme dont le patrimoine est aujourd’hui estimé à plusieurs millions d’euros.

L’affaire Cyane Panine : la version « familiale » se fissure

Au-delà des chiffres et des fraudes, c’est le volet humain de l’enquête actuelle qui glace le sang. Parmi les victimes de l’incendie se trouve Cyane Panine, une jeune Sétoise de 24 ans, employée du bar. Depuis le drame, Jacques et Jessica Moretti tentent de dépeindre une relation quasi filiale avec elle, parlant d’elle comme d’une « fille adoptive » ou d’une « protégée ».

Cette version est violemment contestée par la famille de la victime. Selon les avocats des parents de Cyane, la réalité était celle d’une relation professionnelle toxique. Quelques mois avant sa mort, la jeune femme avait même entamé des démarches auprès de l’inspection du travail suisse pour réclamer des fiches de paie et un contrat écrit.

Cyane s’est ouverte à sa famille sur les importantes difficultés qu’elle rencontrait. Elle indiquait devoir travailler sans relâche et multipliait les journées interminables.

Les premiers éléments de l’enquête révèlent un scénario cauchemardesque : Cyane aurait été envoyée en première ligne pour transporter les bouteilles équipées de feux de Bengale, juchée sur les épaules d’un collègue, sans aucune formation de sécurité. Lorsqu’elle a tenté de fuir les flammes, elle se serait heurtée à une issue de secours verrouillée.

La liberté à 200 000 francs ?

Aujourd’hui, la situation judiciaire de Jacques Moretti est critique. Mis en examen pour homicide par négligence, il est considéré comme présentant un risque de fuite « bien réel » par le tribunal suisse. Sa femme, Jessica, a pu éviter la prison mais reste sous un contrôle judiciaire strict (bracelet électronique, pointage quotidien au commissariat).

Pour Jacques Moretti, le Ministère public a proposé une porte de sortie sous conditions drastiques, incluant le paiement d’une caution massive. Voici ce qui est sur la table pour sa libération provisoire :

  • Le versement d’une caution de 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros).
  • La saisie de tous ses documents d’identité.
  • Le port d’un bracelet électronique.
  • L’obligation de pointer tous les trois jours à la police.

Le tribunal doit encore trancher définitivement sur cette demande. En attendant, le propriétaire du Constellation reste derrière les barreaux, rattrapé par les conséquences d’une gestion où la sécurité semble avoir été sacrifiée, et par un passé qui ne plaide pas en sa faveur.

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