Une censure express la veille de la sortie
C’est une décision rare qui s’appuie sur une loi de 1949 concernant les publications destinées à la jeunesse. L’arrêté, publié au Journal officiel ce lundi 23 février 2026, interdit formellement de proposer, donner ou vendre ce livre de 25 pages à des mineurs. Mais le gouvernement ne s’arrête pas là : toute exposition au public et toute publicité pour l’ouvrage sont désormais proscrites.
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a pris la parole sur les réseaux sociaux pour justifier cette mesure radicale. Pour lui, il s’agit de protéger la jeunesse contre « l’instrumentalisation et l’endoctrinement ».
« Nos enfants doivent être protégés contre les violences physiques, morales et sexuelles. Mais aussi contre l’instrumentalisation et l’endoctrinement. »
Ce que contient vraiment le livre
Qu’est-ce qui a bien pu faire paniquer Beauvau à ce point ? Le ministère détaille des passages qu’il juge incompatibles avec les valeurs de la République et l’épanouissement des jeunes filles. L’auteur, Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’i, un prédicateur salafiste, y dresse un portrait de la femme musulmane en rupture totale avec la société occidentale.
- Le rejet de l’Occident : Le texte exhorte les jeunes filles à ne pas imiter les « Occidentaux » dans leurs vêtements, leurs fêtes ou leurs comportements.
- L’enfermement domestique : On y lit des phrases comme « ma maison est mon paradis dont je ne sors qu’en cas de nécessité ».
- La tutelle masculine : L’ouvrage recommande de ne jamais voyager sans « mahram » (un tuteur familial) et d’éviter tout mélange avec les hommes.
Pour la Commission de surveillance (CSCPJ), ces écrits constituent une « incitation à la haine et à la discrimination envers les femmes ». Le livre affirme même que le Prophète aurait « maudit les femmes qui agissent comme des hommes ».
Le bras de fer avec l’éditeur
Face à la menace d’interdiction, les éditions Ibn Badis ont tenté de négocier. L’éditeur a reconnu que certaines formulations étaient « sensibles » et a proposé d’ajouter un avant-propos de contextualisation ou une mention « réservé aux majeurs » sur la couverture. Mais pour le ministère de l’Intérieur, c’est un « non » catégorique.
Les autorités estiment que modifier ou limiter l’accès à l’ouvrage ne suffirait pas, car l’objet même du livre est de s’adresser aux mineures. De plus, il est reproché à l’éditeur d’avoir été peu coopératif en ne transmettant pas l’ouvrage aux autorités malgré plusieurs relances.
« Ce que nous considérons être ici et maintenant, cet univers, n’est en fait que le niveau matériel que nous pouvons appréhender. »
La polémique des plateformes et du pass Culture
L’affaire relance également le débat sur la surveillance des contenus religieux sur internet. Avant son interdiction, le livre était disponible en quelques clics sur Amazon ou dans des librairies spécialisées. Plus troublant encore, certains observateurs et avocats, comme Me Lara Fatimi, s’inquiètent de voir des ouvrages appelant à la haine être parfois éligibles au pass Culture, un dispositif financé par l’argent public.
- Le livre est désormais affiché en « rupture de stock » sur les grandes plateformes.
- Le procureur de la République a été saisi par la protection de la jeunesse.
- L’auteur est un prédicateur très actif en ligne, suivi par une large communauté.
Cette décision marque une nouvelle étape dans la lutte contre le séparatisme, mais elle pose aussi la question de la limite entre liberté d’expression religieuse et protection de l’ordre public.








