L’homme invisible face à ses juges
Ce lundi, au tribunal correctionnel de Dunkerque, la chaise de l’accusé est restée vide. Pour la cinquième fois, Maxime Abattu ne s’est pas présenté à la barre. Son avocat a invoqué un problème d’oreille interne pour justifier son absence, mais la patience des magistrats a atteint ses limites.
Le tribunal a tranché en son absence : coupable. L’homme a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour faux, usage de faux et escroquerie. Une sanction lourde qui vient clore – provisoirement – l’itinéraire d’un imposteur qui a réussi à duper plusieurs administrations publiques en jouant sur la confiance et l’apparence.
Un CV en or massif… totalement imaginaire
Pour comprendre l’ampleur de l’arnaque, il faut jeter un œil au CV que Maxime Abattu a présenté en septembre 2023 pour se faire embaucher comme Directeur Général des Services (DGS) à Téteghem-Coudekerque-Village, dans le Nord. Ce poste, c’est le Graal administratif d’une commune : c’est celui qui pilote tout, des finances au personnel.
Pour rassurer le maire et décrocher ce poste à responsabilités, le candidat avait sorti l’artillerie lourde :
- Un prétendu doctorat en droit public (Bac +8) qu’il aurait obtenu en 2008 à Aix-Marseille Université.
- Deux masters supplémentaires en histoire et en droit.
- Une expérience de deux ans comme directeur adjoint des relations internationales au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.
- La mention de « 24 ans de vie professionnelle » dans de grandes institutions.
Sur le papier, c’était le candidat parfait. Trop parfait, peut-être. Il n’a pas hésité à fournir de faux diplômes à l’en-tête de la faculté de droit pour appuyer ses dires. Une audace qui lui a permis de signer son contrat et de s’installer dans le fauteuil de direction.
Trahi par son incompétence
Le problème avec le concept du « Fake it till you make it » (fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives), c’est qu’à un moment donné, il faut faire le travail. Et c’est là que le château de cartes s’est effondré.
À peine arrivé à Téteghem, les agents municipaux et les élus ont commencé à tiquer. Le « docteur en droit » montrait des lacunes béantes dans la gestion quotidienne. Pire encore, il semblait dépassé par des tâches basiques, comme l’informatique ou la conduite de projets structurants. Des compétences pourtant indispensables pour un DGS.
Face à ces incohérences, la mairie a fini par faire ce qu’elle aurait sans doute dû faire avant l’embauche : passer un coup de fil. Contactée, Aix-Marseille Université a été formelle. Maxime Abattu n’a jamais décroché de doctorat chez eux. Il n’a même jamais validé de master (Bac +5). La supercherie révélée, il a été révoqué pour faute grave en mai 2024, huit mois seulement après son arrivée.
Un serial « fakeur » qui a récidivé
C’est ici que l’histoire devient vraiment surprenante. Après avoir été démasqué et viré dans le Nord, Maxime Abattu n’a pas fait profil bas. Au contraire, il a retenté sa chance à l’autre bout de la France.
En octobre 2024, il utilise le même CV bidonné pour se faire recruter, encore une fois comme Directeur Général des Services, mais cette fois à Golfech, dans le Tarn-et-Garonne. Le scénario s’est répété à l’identique : embauche sur la foi de diplômes prestigieux, incapacité à assumer les fonctions, doutes de l’équipe, et finalement suspension en avril 2025 suivie d’un licenciement en septembre.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la facilité avec laquelle il a pu passer entre les mailles du filet, non pas une, mais deux fois, à des postes clés de la fonction publique. Au-delà de la condamnation de l’homme, cette affaire pose une question cruciale sur les processus de recrutement : comment un simple contrôle des diplômes a-t-il pu être oublié pour des postes payés avec l’argent du contribuable ?
La leçon à retenir est claire : à l’ère du numérique, mentir sur son parcours finit toujours par se savoir, et la chute est souvent plus douloureuse que l’effort de se former pour de vrai.








