Un secret de famille déterré en 2017
Pour comprendre comment une habitante d’Ankara se retrouve à assigner le président des États-Unis en justice, il faut remonter le temps. L’histoire de Necla Ozmen ne commence pas sur les réseaux sociaux, mais par une confession intime, presque un scénario de film.
Tout bascule en 2017. Necla, alors âgée de 46 ans, voit ses certitudes s’effondrer. Sati et Dursun Ozmen, le couple qui l’a élevée et qu’elle a toujours appelé « maman et papa », décident de briser le silence. Sati, aujourd’hui décédée, lui aurait alors révélé un secret lourd à porter : Necla ne serait pas leur fille biologique.
Selon le récit rapporté par la presse turque, notamment le quotidien Hürriyet, la naissance de Necla remonte à 1970. Cette année-là, Sati Ozmen accouche dans un hôpital d’Ankara, mais le drame frappe : son bébé est mort-né. C’est à ce moment précis qu’intervient une mystérieuse Américaine prénommée Sophia. Cette dernière, qui venait d’accoucher d’une petite fille en bonne santé, aurait confié son bébé à la famille Ozmen.
La raison invoquée par Sophia ? Elle ne pouvait pas garder l’enfant car elle était le fruit d’une relation « illégitime » avec un certain magnat de l’immobilier américain, un certain Donald Trump. Un échange de bébés aurait donc eu lieu : les Ozmen rentrent chez eux avec Necla, et le secret est gardé pendant près d’un demi-siècle.
« Je veux juste savoir s’il est mon père »
Depuis cette révélation, Necla Ozmen est hantée par ses origines. Elle ne cherche pas l’argent, assure-t-elle, mais la vérité. En examinant ses documents officiels, elle affirme avoir trouvé des incohérences troublantes qui corroborent la version de sa mère adoptive. Mais plus que les papiers, c’est son propre reflet qui l’interpelle.
La quinquagénaire est persuadée de voir des traits communs entre son visage et celui du clan Trump. Elle évoque des ressemblances physiques frappantes avec le président américain, mais aussi avec ses enfants officiels, comme Ivanka ou Donald Jr.
« Je ne veux pas lui causer de problèmes. Je veux juste connaître la vérité. Je veux juste savoir s’il est mon père. J’aimerais qu’il me parle. Je peux le prouver par un test ADN, s’il est d’accord. »
Loin d’être vindicative, elle adopte une posture étonnamment bienveillante à l’égard de celui qu’elle considère comme son géniteur potentiel. Elle a déclaré aux médias locaux : « Je crois que c’est un bon père. Je crois aussi qu’il ne me rejettera pas. » Une naïveté touchante ou une stratégie de communication rodée ? Difficile à dire.
La justice turque sceptique face à l’absence de preuves
Convaincue de son bon droit, Necla Ozmen a décidé de ne pas en rester aux suppositions. En septembre 2025, elle a officiellement saisi le 27e tribunal de la famille d’Ankara. Sa demande était claire : obtenir une reconnaissance de paternité et forcer la tenue d’un test ADN.
Cependant, la justice ne se nourrit pas d’intuitions. Pour qu’un tribunal ordonne un test génétique, surtout lorsqu’il implique un chef d’État étranger, le dossier doit être béton. Or, le tribunal a estimé que les éléments apportés par la plaignante étaient insuffisants. Pas de documents de l’époque prouvant la présence de Trump ou de « Sophia » à Ankara, pas de témoins oculaires directs en dehors du récit familial. En conséquence, la demande a été rejetée.
Mais Necla ne lâche rien. Elle a immédiatement fait appel de la décision. Déterminée, elle a également multiplié les démarches diplomatiques en envoyant des pétitions à l’ambassade des États-Unis en Turquie et en tentant de saisir les tribunaux américains. Un combat de David contre Goliath qui semble, pour l’instant, se heurter à un mur de silence.
Donald Trump, habitué aux rumeurs de paternité
Si cette histoire semble extraordinaire, elle n’est pas unique dans la vie tumultueuse de l’ancien magnat de l’immobilier. Donald Trump a déjà été la cible de rumeurs similaires par le passé. On se souvient notamment de l’affaire Dino Sajudin en 2018.
À l’époque, cet ancien portier de la Trump Tower avait affirmé détenir des informations sur un autre enfant illégitime que Trump aurait eu avec une employée de maison. Il avait même signé un contrat d’exclusivité avec un tabloïd pour taire l’histoire. Finalement, aucune preuve n’avait jamais été apportée et le contrat avait été annulé. Comme pour l’affaire Sajudin, le camp Trump n’a fait aucun commentaire sur les allégations de Necla Ozmen. Le silence radio est total du côté de Washington (ou de Mar-a-Lago).
Pour l’heure, Necla Ozmen reste une femme seule face à une administration puissante, armée uniquement de la parole de sa mère décédée et de sa conviction intime. Si la science pourrait régler la question en quelques jours, la bureaucratie et la diplomatie risquent de faire durer le suspense bien plus longtemps.








