Oublie l’image du jeune informaticien frêle et tremblant qui pleurait devant les caméras en 2017 avant d’avouer le meurtre barbare de son épouse Alexia. Près d’une décennie après son incarcération initiale, Jonathann Daval ne ressemble plus du tout à l’homme que la France a découvert lors de ses procès retentissants.
Aujourd’hui enfermé à la maison centrale d’Ensisheim, en Alsace, l’homme de 42 ans purge une peine de 25 ans de réclusion criminelle. Mais loin de végéter au fond d’une cellule capitonnée, il a réussi à se bâtir une routine ultra-cadrée qui bouscule tous les clichés sur son incarcération.
Un salaire mensuel et des journées d’usine
Finie l’époque du quartier d’isolement strict de la maison d’arrêt de Dijon qu’il a quitté au printemps 2021. À Ensisheim, Daval s’est inséré dans le rythme de travail pénitentiaire, comme l’a documenté sa mère, Martine Henry, dans son livre témoignage.
Son emploi du temps est digne d’un ouvrier à la chaîne, découpé avec une précision chirurgicale :
- Horaires fixes : à l’atelier de 7 h à 11 h 30, puis de 13 h 30 à 16 h 30.
- Activité manuelle : assemblage et montage de bobines de rouleaux électriques et de rallonges.
- Rémunération : un revenu mensuel qui tourne autour des 600 euros.
Cet argent ne sert pas uniquement à améliorer son ordinaire à la cantine de la prison. En effet, une partie substantielle de cette rémunération est directement prélevée pour indemniser les parties civiles, tandis qu’une autre part est bloquée pour constituer son pécule de sortie.
Une transformation physique qui a sidéré la justice
Le changement le plus spectaculaire reste sans conteste visuel. Lors de ses comparutions devant le tribunal correctionnel de Besançon, le public a découvert un homme métamorphosé. Exit la silhouette effacée et le dos rond : Daval est apparu particulièrement musclé, résultat de séances de sport quotidiennes et intensives.
« Physiquement, il s’est totalement transformé. Il s’est très bien exprimé. »
Cette déclaration de son avocat, Me Randall Schwerdorffer, résume le choc des observateurs. L’attitude a suivi le corps : un regard qui ne fuit plus, une élocution posée et une assurance corporelle qui tranchent brutalement avec le profil brisé affiché à l’époque de la reconstitution criminelle.
La « mascotte » des criminels chevronnés
Ensisheim n’est pourtant pas un camp de vacances, car l’établissement alsacien concentre des profils particulièrement lourds, à l’image de Dominique Pelicot transféré à la prison d’Ensisheim pour y purger sa détention. Pourtant, contre toute attente, Daval s’est fondu dans la population carcérale jusqu’à se faire surnommer la « mascotte » ou le « chouchou » par ses pairs et les gardiens.
Sa mère a d’ailleurs confirmé qu’il avait été pris sous son aile à son arrivée par des figures marquantes du grand banditisme et de la criminalité, notamment le tueur en série Guy Georges. Considéré comme poli, ponctuel et sans histoire par l’administration, il cumule le profil du détenu modèle qui évite soigneusement les embrouilles de coursives.
Rumeurs sentimentales et horizon judiciaire
Forcément, un tel profil attire les fantasmes. Les bruits de couloir lui ont prêté une relation amoureuse avec un codétenu, une rumeur médiatique rapidement balayée par son conseil et par sa mère, qui évoquent de simples liens de franche camaraderie masculine.
Sur le plan judiciaire, le meurtrier s’est aussi définitivement libéré des poursuites annexes. Relaxé des accusations de dénonciation calomnieuse que lui intentaient ses anciens beaux-parents après avoir inventé un complot familial pendant l’instruction, il n’a plus que sa peine principale en ligne de mire.
Assortie d’une période de sûreté de douze ans et demi, sa condamnation ouvre théoriquement la porte à des demandes d’aménagement de peine dès l’horizon 2030, en comptabilisant ses années de détention provisoire entamées en 2018. Mais entre un comportement carcéral irréprochable et la réalité d’une libération conditionnelle validée par un juge d’application des peines, l’écart reste vertigineux.







