Quand la conscience professionnelle défie la météo
Le scénario est classique : au moindre centimètre de poudreuse, les transports scolaires s’arrêtent et le pays tourne au ralenti. Ce mardi matin, les routes secondaires autour de Brains, une commune située au sud de Nantes, étaient jugées impraticables. Verglas, couche épaisse de neige, visibilité réduite… tous les ingrédients étaient réunis pour une journée « blanche » dans les écoles.
C’était sans compter sur la détermination de Gérald Brisorgueil. Cet enseignant en classe de CM à l’école Jules-Verne n’a pas voulu laisser sa salle de classe vide. Habitant à Saint-Jean-de-Boiseau, la commune voisine, il se trouvait bloqué comme tout le monde. Impossible de prendre la voiture sans risquer l’accident.
Au lieu d’envoyer un mail d’annulation, il a pris une décision radicale. À 8 heures précises, alors qu’il faisait encore nuit noire, il a quitté son domicile à pied. Équipé comme un randonneur de l’extrême avec un manteau rouge vif et une lumière clignotante sur son sac à dos pour être vu, il s’est lancé dans un périple de 4 kilomètres à travers la campagne enneigée.
Une « balade » féerique plutôt qu’une corvée
Ce qui aurait pu être vécu comme une épreuve pénible s’est transformé, aux dires de l’intéressé, en un moment de grâce. Loin du stress des embouteillages habituels, l’instituteur a découvert son trajet quotidien sous un angle inédit.
J’ai marché quatre kilomètres, c’était magnifique. J’en ai profité pour faire de belles photos et observer les traces des animaux : renards, cerfs…
Arrivé devant les grilles de l’école Jules-Verne à 8h45, Gérald était pile à l’heure pour l’ouverture. Pas une minute de retard malgré les conditions dantesques. Pour lui, la question ne se posait même pas. Interrogé sur sa motivation, il a rappelé avec simplicité un principe qui semble parfois oublié : « L’école a le devoir d’accueillir les enfants ».
Cette phrase résonne particulièrement fort. Elle rappelle que l’école est un pilier, un point de repère stable pour les élèves, même – et surtout – quand l’extérieur est chaotique. Il ne s’agissait pas de performance physique, mais de maintenir ce lien essentiel avec ses élèves de CM.
L’effet boule de neige sur l’équipe pédagogique
Le plus beau dans cette histoire, c’est la contagion positive qu’elle a provoquée. Tôt le matin, Gérald a prévenu ses collègues de son intention de venir à pied via leur groupe WhatsApp. Son message a agi comme un électrochoc pour le reste de l’équipe.
Inspirés par son courage, trois autres enseignants ont décidé de l’imiter. Eux non plus n’habitaient pas la commune de Brains. Eux aussi ont affronté le froid et la distance pour rejoindre l’établissement. S’ils sont arrivés avec un léger retard, l’essentiel était là : l’équipe était présente, solidaire.
Christophe Thibaud, le directeur de l’école, n’a pas caché sa fierté face à cet engagement collectif, soulignant avec humour qu’aucun de ces marcheurs matinaux ne résidait sur place. « Chapeau ! », a-t-il simplement commenté. Une reconnaissance méritée pour ces profs qui ont prouvé que la vocation ne fond pas sous la neige.








