L’effet « écureuil volant » : pourquoi votre anatomie intéresse les juges
Pour comprendre comment une telle idée a pu germer dans l’esprit de sportifs de haut niveau, il faut revenir aux bases de la physique du saut à ski. Ce n’est pas seulement une question de puissance à l’impulsion : c’est avant tout une lutte contre la gravité. Une fois en l’air, le skieur devient une aile d’avion. Plus la surface portante est grande, plus il flotte, et plus il va loin.
C’est ici que le règlement de la Fédération Internationale de Ski (FIS) entre en jeu. Pour éviter que les sauteurs ne s’élancent avec des tenues dignes de parachutes ou de « wingsuits », la taille de la combinaison est strictement réglementée. Elle doit coller au corps, avec une marge de tolérance infime.
La clé de voûte de ce système, c’est la mesure de l’entrejambe. C’est mathématique : plus la mesure de votre entrejambe est basse, plus la coupe de la combinaison permet d’avoir du tissu excédentaire entre les jambes. Ce surplus de tissu crée ce qu’on appelle l’effet « écureuil volant ». C’est glauque, mais c’est efficace : abaisser artificiellement ce point de mesure permet de gagner de la surface de toile, donc de la portance, et in fine, des mètres précieux au bas du tremplin.
Des chaussettes aux injections : l’évolution morbide de la triche
La tentative de manipuler cette mesure n’est pas nouvelle. Les entraîneurs et les techniciens jouent au chat et à la souris avec les contrôleurs depuis des années. Frédéric Zoz, ancien entraîneur des Bleus et aujourd’hui responsable du matériel pour le Japon, ne mâche pas ses mots. Il évoque une époque où « c’était facile de duper » les contrôleurs, souvent peu formés.
Les vieilles méthodes relevaient du système D :
- Bourrer le slip avec de la mousse.
- Utiliser des préservatifs remplis de silicone.
- Adopter des postures spécifiques pour « tasser » les jambes lors de la mesure.
Mais face à la professionnalisation des contrôles et l’arrivée des scanners corporels 3D imposés en début de saison, les tricheurs seraient passés à la vitesse supérieure. Selon Bild et des spécialistes médicaux comme le Dr Kamran Karim, l’astuce consisterait désormais à utiliser des injections d’acide hyaluronique (ou même de paraffine) dans le pénis juste avant le scan.
L’objectif n’est évidemment pas esthétique ni fonctionnel, mais purement géométrique : créer un épaississement temporaire et visible pour fausser la lecture du scanner 3D. En augmentant le volume de la zone génitale, on force le logiciel ou le mesureur à prendre une référence plus basse, validant ainsi une combinaison plus large pour le reste de la saison hivernale.
La psychose avant les Jeux de 2026
Cette révélation intervient dans un climat de tension extrême. Le saut à ski traverse une crise de confiance majeure concernant le matériel. Lors des derniers Mondiaux et de la Tournée des Quatre Tremplins, les disqualifications pour combinaisons non conformes se sont multipliées, touchant même des grands noms comme le Norvégien Marius Lindvik ou le Slovène Timi Zajc (pour 3 petits millimètres).
Certaines nations, excédées par ce qu’elles considèrent comme une concurrence déloyale, réclament désormais que la FIS organise une nouvelle session de mesures complètes pour tous les athlètes avant les JO de Milan-Cortina en février 2026. L’ambiance dans les vestiaires est électrique : quand une équipe triche, les autres se sentent obligées de suivre pour ne pas être larguées.
Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France masculine, confirme que le moment du scan est devenu crucial : « Sans mesure, les athlètes ne peuvent pas faire de compétition. Ils préparent leur position pour raccourcir au maximum leurs jambes. » La suspicion est désormais partout.
La FIS contre-attaque : vers la fin des tissus mous ?
Du côté de l’instance dirigeante, on tente d’éteindre l’incendie, mais l’embarras est palpable. Matthias Hafele, le directeur du matériel de la FIS, se veut rassurant. Il affirme qu’il peut « exclure que l’on tente d’obtenir un agrandissement des parties génitales à l’aide de moyens visibles », précisant que du personnel médical est désormais présent lors des scans pour effectuer des contrôles approfondis.
Cependant, la Fédération ne compte pas refaire passer tous les athlètes au scanner avant les Jeux, malgré la grogne. La solution d’avenir pourrait être technologique et… osseuse. Pour clore définitivement ce chapitre humiliant où l’on débat de la taille des sexes pour valider des résultats sportifs, la FIS travaille sur un nouveau protocole de mesure.
L’idée ? Ne plus se baser sur les tissus mous (peau, muscles, graisse… et le reste), qui sont modifiables par nature ou par artifice, mais uniquement sur la structure osseuse des athlètes. Un changement qui rendrait obsolètes les injections, les mousses et autres bricolages intimes.
En attendant, la prochaine fois que vous verrez un sauteur flotter interminablement dans les airs à la télévision, vous ne regarderez plus sa combinaison de la même manière. Jusqu’où iriez-vous pour une médaille d’or ? Apparemment, pour certains, la réponse se situe en dessous de la ceinture.








