Une facture salée pour « perte d’attractivité »
Le verdict est tombé le 17 décembre dernier, mais ses répercussions ne font que commencer. Une agence immobilière située dans les Hauts-de-Seine, franchisée du réseau, a obtenu gain de cause après avoir vu son chiffre d’affaires s’effondrer. Pour les juges, le lien de cause à effet est clair : les déboires judiciaires de l’animateur ont directement impacté le business local.
La somme de 117 000 euros (environ) que doit verser la tête de réseau se décompose de manière précise, illustrant l’ampleur du préjudice subi par les gérants locaux :
- 40 000 euros au titre de la « perte de chance » de revendre le fonds de commerce (invendable avec une image de marque dégradée).
- 66 000 euros pour compenser le manque à gagner économique et la perte de mandats.
- près de 12 000 euros correspondant au remboursement des redevances de franchise versées depuis janvier 2024.
Le tribunal a validé l’argument selon lequel les révélations de Mediapart et la condamnation en première instance de l’animateur pour violences conjugales ont entraîné une fuite de la clientèle.
La marque, c’est lui (et c’est bien le problème)
Ce jugement est particulièrement intéressant — et dangereux pour le groupe — par son analyse juridique. Habituellement, un franchisé assume ses propres risques économiques. Mais ici, le tribunal a pointé du doigt la structure même du contrat de franchise Stéphane Plaza Immobilier.
Le contrat stipule que le franchisé doit « respecter l’image et la personne de Stéphane Plaza ». En contrepartie, le franchiseur doit garantir l’existence et la réputation de la marque. Les juges ont estimé qu’il y a une « personnification de la marque » extrême. En clair : le réseau repose tellement sur le sourire et la sympathie supposée de l’animateur que lorsque son image s’effondre, c’est tout l’édifice qui tremble.
« La personne de monsieur Stéphane Plaza constitue un élément central de l’image de marque du réseau. » — Extrait du jugement du Tribunal des affaires économiques.
En conséquence, ce n’est pas aux agences locales de payer les pots cassés des dérives personnelles de leur fondateur, mais bien à la société mère d’assumer la responsabilité de cette « perte d’attractivité ».
Vers une hémorragie de franchisés ?
Si cette décision est confirmée (le groupe a annoncé faire appel, jugeant la décision « infondée »), elle pourrait faire jurisprudence. C’est le cauchemar des dirigeants de Stéphane Plaza France. L’avocate de l’agence victorieuse, Maître Charlotte Bellet, a confirmé qu’il s’agissait de la première décision de ce type, mais probablement pas la dernière.
Actuellement, son cabinet gère déjà douze autres procédures similaires. Des dizaines d’agences avaient déjà entamé des démarches pour quitter le navire ou changer d’enseigne. Le groupe avait pourtant tenté de limiter la casse en proposant aux franchisés de se rebaptiser « Sixième Avenue » pour gommer le nom devenue toxique, mais cette stratégie de rebranding semble avoir eu un impact limité, voire contre-productif selon le tribunal.
Rappel du contexte judiciaire
Pour comprendre cette sanction commerciale, il faut remonter au volet pénal. En février 2025, Stéphane Plaza a été condamné en première instance à un an de prison avec sursis pour violences conjugales habituelles sur une ancienne compagne. Bien que l’animateur ait fait appel de cette condamnation, le mal médiatique était fait.
M6, actionnaire majoritaire du réseau, a depuis déprogrammé ses émissions cultes comme « Recherche appartement ou maison ». Aujourd’hui, la justice commerciale confirme ce que beaucoup redoutaient : l’hyper-personnalisation d’une marque est une arme à double tranchant. Quand la star tombe, elle entraîne ses partenaires dans sa chute.








