Un « guichet unique » pour ne plus laisser personne de côté
C’est l’annonce phare qui bouscule l’actualité scolaire ce printemps 2026. Pour répondre à l’urgence, le ministre souhaite nommer un « défenseur des droits des enfants » directement rattaché à l’Éducation nationale. L’idée est simple mais radicale : offrir un guichet unique aux familles, aux enseignants et aux personnels pour signaler toute suspicion de maltraitance, que les faits se déroulent en classe ou lors du périscolaire.
Pourquoi est-ce une révolution ? Parce qu’aujourd’hui, le système est un véritable labyrinthe. Si un incident survient à la cantine ou lors des activités du soir, l’Éducation nationale se dédouane souvent en expliquant que cela relève de la mairie. Avec ce nouveau médiateur, cet argument ne sera plus recevable. L’objectif est d’assurer un suivi de l’alerte du début à la fin, sans que les victimes ne se heurtent à un mur administratif.
80 000 signalements : pourquoi les chiffres explosent ?
Le constat est glaçant : l’école enregistre désormais 80 000 signalements par an, contre 50 000 il y a seulement dix ans. Mais pour Édouard Geffray, cette hausse n’est pas forcément synonyme d’une augmentation des violences, mais plutôt d’une parole qui se libère enfin. L’école est devenue le premier lieu de détection des abus, même si 80 % des faits se déroulent en réalité dans le cadre familial.
Les récents scandales, comme l’affaire Bétharram ou les enquêtes sur le périscolaire parisien, ont servi d’électrochoc. Les personnels sont plus attentifs et les programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle (Evars) commencent à porter leurs fruits. Au 31 décembre 2025, deux tiers des écoliers avaient déjà bénéficié d’au moins une séance de sensibilisation, un outil précieux pour apprendre aux enfants à identifier et dénoncer des gestes inappropriés.
Contrôles d’honorabilité : le grand verrouillage
Au-delà de l’écoute, le ministère muscle la surveillance de ses propres troupes. Actuellement, une trentaine de radiations sont prononcées chaque année pour des faits à caractère sexuel. Pour aller plus loin, les contrôles d’honorabilité, qui vérifient les antécédents judiciaires (Fijais), ne seront plus limités au moment de l’embauche. Ils seront désormais réitérés tous les trois à cinq ans pour l’ensemble des 1,2 million d’agents.
Les intervenants extérieurs, comme les animateurs ou les formateurs ponctuels, n’y échapperont pas non plus. Le contrôle sera systématique. Le secteur privé est également dans le viseur : après 1 000 inspections en 2025, l’État vise 40 % d’établissements contrôlés d’ici 2027. L’objectif affiché est clair : faire de l’école un « lieu de confiance absolue » où aucun prédateur ne peut passer entre les mailles du filet.
Une mesure qui fait déjà débat
Si l’intention est louable, elle ne convainc pas tout le monde. Plusieurs associations de protection de l’enfance, dont la Cnape, craignent la création d’une « nouvelle couche administrative » inutile. L’argument est simple : il existe déjà un Défenseur des droits avec un adjoint dédié aux enfants au niveau national. Créer une instance supplémentaire au sein du ministère pourrait, selon eux, brouiller la lisibilité pour les familles plutôt que de l’améliorer.
Plutôt que de créer une nouvelle instance, il faudrait renforcer les dispositifs existants et améliorer la coordination avec la justice.
Le risque pointé par les détracteurs est celui d’un « symbole » sans moyens réels. Sans une hausse massive du nombre de médecins scolaires et de psychologues, le nouveau défenseur pourrait se retrouver submergé par le flux constant d’alertes. La semaine prochaine, un protocole d’action standardisé sera publié pour aider les personnels à mieux signaler. Ce sera le premier test de ce plan qui veut réparer un système à bout de souffle.
















