Des tarifs salés pour les étourdis
Le barème est précis et ne laisse aucune place à la négociation. Dans les couloirs de cet établissement, un oubli de calculatrice ou un devoir non rendu ne vous vaudra pas une simple réprimande, mais une facture. Les amendes débutent à 10 francs suisses (environ 11 euros) pour les infractions mineures et peuvent grimper jusqu’à 90 francs suisses (près de 100 euros) selon la gravité ou la répétition des faits.
Margret Baumann, la rectrice de l’école, assume totalement cette politique de tolérance zéro. Selon elle, lorsqu’une personne enfreint le règlement de manière répétée, l’amende s’ensuit inévitablement. L’objectif est clair : dissuader par le portefeuille.
« On ne gagne déjà presque rien » : la colère des élèves
Pour les jeunes en formation professionnelle, qui touchent souvent de maigres indemnités d’apprentissage, la pilule est difficile à avaler. Les témoignages recueillis sur place illustrent un sentiment d’injustice grandissant.
- Lucas, 17 ans : Il a dû passer à la caisse deux fois. Une fois pour un devoir non fait, une autre pour avoir oublié ses affaires de sport. « On ne gagne déjà presque rien et on doit encore dépenser de l’argent pour ça », déplore-t-il.
- Noé, 20 ans : Il a été sanctionné pour un oubli de calculatrice. Pour lui, le principe même est « inacceptable ».
- Barzan, 21 ans : Puni pour avoir jonglé avec un ballon en cours de sport, il dénonce un système abusif et estime que la discipline devrait s’enseigner autrement.
Pourtant, l’unanimité n’est pas totale contre la mesure. Certains élèves, comme Julie, 18 ans, admettent que la menace financière incite effectivement les jeunes à mieux respecter les règles. De même, Diego et Nicolas trouvent justifié de payer 50 francs (environ 53 euros) pour avoir craché dans la cour, considérant cela comme un manque de respect flagrant.
Pas de paiement, pas de bulletin
L’école ne se contente pas d’infliger des amendes ; elle dispose d’un moyen de pression redoutable pour s’assurer qu’elles soient réglées. Si un élève refuse de payer après le deuxième ou troisième rappel, l’administration retient son bulletin scolaire. Le document papier n’est tout simplement pas envoyé au domicile.
Cette rétention administrative est particulièrement problématique pour ces étudiants en filière professionnelle. Le bulletin est un document officiel indispensable qu’ils doivent présenter à leur maître d’apprentissage pour valider leur parcours. En bloquant son envoi, l’école prend en otage la formation même de l’élève. L’établissement prévient d’ailleurs que les familles récalcitrantes s’exposent à des poursuites judiciaires en cas de non-paiement prolongé.
Un cadre légal strict mais contesté
Aussi surprenant que cela puisse paraître vu de France, ce système est parfaitement légal en Suisse. La loi fédérale sur la formation professionnelle laisse aux écoles une grande marge de manœuvre. Dans le canton d’Argovie, les établissements ont le droit d’infliger des sanctions pécuniaires tant que celles-ci sont clairement inscrites dans le règlement intérieur.
La direction tient à préciser une chose pour calmer les esprits : l’argent récolté ne sert pas à payer les factures d’électricité de l’école. Les sommes sont intégralement reversées dans une cagnotte destinée à financer des activités sportives et culturelles pour les élèves. Une maigre consolation pour celui qui vient de perdre 100 euros pour un réveil raté.








