Un déferlement de violence immédiat
L’insouciance n’aura duré que quelques minutes. À peine le portrait de Zaïd et de ses parents publié sur les réseaux sociaux de La Provence, la section commentaires a été prise d’assaut. Loin des vœux de bonheur, c’est une avalanche d’insultes xénophobes qui s’est abattue sur le nouveau-né.
Les propos rapportés sont d’une violence inouïe. Là où l’on attendait de la douceur, des internautes ont qualifié un bébé de quelques heures de « terroriste en puissance » ou de « futur dealer ». D’autres commentaires, encore plus explicites dans leur racisme, traitaient l’enfant de « gnoule » ou suggéraient qu’il allait « brûler des voitures et toucher la CAF ». Certains ont même franchi le seuil de l’appel au meurtre ou à la violence physique, écrivant qu’on « aurait dû l’avorter » ou imaginant ses doigts chercher « le manche d’un couteau ».
Face à la modération impossible d’un tel flux de haine (plusieurs centaines de messages), La Provence a pris une décision radicale 48 heures plus tard : la suppression pure et simple des commentaires et le nettoyage des propos délictueux.
Derrière les écrans, des profils « respectables » démasqués
C’est ici que l’histoire prend un tournant symptomatique de notre époque connectée. Les auteurs de ces messages pensaient agir dans l’impunité relative de Facebook ou Telegram. C’était sans compter sur la vigilance de collectifs comme Tajmaât et VIRMAG, spécialisés dans la veille et l’investigation contre le racisme et l’islamophobie.
Contrairement au cliché du troll anonyme caché dans une cave, les investigations numériques ont révélé que la haine avait des visages publics et insérés socialement. Les identités révélées par ces collectifs dressent un portrait inquiétant de la banalisation du racisme :
- Un professeur des écoles : Jérémy Brun, également connu comme YouTubeur sous le pseudo « jeremysteres » (45 000 abonnés), a été épinglé pour avoir liké des appels à la violence contre le nourrisson. Suite aux révélations, il a supprimé sa chaîne dans la panique.
- Un responsable politique : Jérôme Judek, identifié comme délégué départemental du parti Reconquête dans le Pas-de-Calais.
- Un cadre administratif : François Raffin, directeur des affaires juridiques d’une agglomération, auteur de commentaires sur l’arbre généalogique de l’enfant.
Ces signalements ont provoqué une panique numérique chez les concernés, entraînant la suppression hâtive de comptes LinkedIn et de profils sociaux. Comme le souligne le média Contre-Attaque, ces « respectables » citoyens n’avaient visiblement pas prévu d’assumer leurs propos à visage découvert.
Un phénomène systémique, pas un cas isolé
L’affaire Zaïd n’est malheureusement pas un dérapage unique, mais s’inscrit dans une tendance lourde qui touche les nouveaux-nés perçus comme non-blancs. Les sources rapportent des faits similaires ailleurs en France :
« Le racisme en France s’étend aux bébés. » — Média TSA
À Nancy, le petit Ismaël a subi des remarques sur le « Grand Remplacement ». À Rennes, c’est Gédéon qui a été attaqué sur sa couleur de peau. Même constat pour Maryam, dernière née de 2025, elle aussi ciblée. Cette hostilité systématique envers des prénoms ou des origines supposées transforme une simple rubrique d’état civil en champ de bataille idéologique.
La riposte s’organise : soutien et rappel à la loi
Face à la bêtise, la solidarité s’est tout de même manifestée. Dans le quartier de Montfavet à Avignon, le collectif antifasciste No Pasaran Jeunes a répliqué physiquement par des collages de rue : « Bienvenue Zaïd, Avignon est ta maison ». Une manière de réoccuper l’espace public avec bienveillance.
Sur le plan politique, le député LFI du Vaucluse, Raphaël Arnault, est monté au créneau pour dénoncer ces « attaques ignobles ». Si aucune plainte de la famille n’avait été déposée au moment de la rédaction de cet article, le cadre légal est clair. En France, l’injure raciste n’est pas une opinion mais un délit, passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Les signalements effectués par les associations auprès des autorités pourraient donc avoir des suites judiciaires concrètes pour les auteurs identifiés.








