1h40 du matin : la fête vire au drame
Il est un peu plus d’une heure et demie du matin lorsque Gianni, présent dans la station valaisanne avec sa famille, comprend que quelque chose de grave se joue. Une amie devait se rendre au « Constellation », ce bar prisé de la jeunesse locale. En arrivant sur les lieux, la scène le frappe de plein fouet. Pas encore de gyrophares, pas encore de sirènes, juste la panique brute.
Devant lui, c’est la sidération. Des jeunes, parfois torse nu par -11 degrés, gisent au sol, brûlés, défigurés. « C’est une scène de film d’horreur », confie-t-il, encore marqué par les images insoutenables de corps noircis et de vêtements fondus sur la peau. Face à l’ampleur du désastre et au délai d’arrivée des ambulances, l’étudiant prend une décision instantanée : il ne restera pas spectateur.
Improviser pour sauver des vies
Poussé par l’adrénaline et une expérience passée à la protection civile, Gianni s’organise. Il réalise très vite que les victimes piégées à l’intérieur sont extrêmement jeunes, certaines n’ont que 14 ou 15 ans. « Je trouve ça horrible de rester spectateur face à des enfants en train de brûler », explique-t-il. Avec l’aide d’un proche et d’une poignée de civils — trois ou quatre seulement, selon ses dires — il entre en action.
Le système D devient une question de vie ou de mort. Gianni et ses compagnons d’infortune arrachent des structures métalliques de canapés pour en faire des brancards de fortune. Il faut évacuer, vite. Mais l’horreur monte d’un cran. Il ne s’agit plus seulement d’aider des blessés à marcher, mais de transporter des grands brûlés, méconnaissables. « On ne pouvait plus distinguer un enfant d’un adulte, une femme d’un homme », témoigne-t-il. Il décrit des scènes de chaos où il a fallu faire des choix impossibles : laisser des victimes au sol pour aller en chercher d’autres encore à l’intérieur.
L’enfer jusqu’au petit matin
Gianni a œuvré jusqu’à 5 heures du matin. Il a vu des massages cardiaques désespérés, des corps démembrés, et même des pompiers professionnels pleurer face à l’ampleur de la tragédie. Il a couru chercher des couvertures dans les bars voisins pour protéger les survivants du froid glacial de la nuit. Pourtant, malgré cet acte de bravoure, le jeune homme reste hanté par ce qu’il a vu, persuadé d’avoir sauvé des vies mais marqué au fer rouge.
Le plus amer pour ce héros malgré lui ? L’après-coup. Une fois l’adrénaline retombée, Gianni affirme n’avoir reçu aucune prise en charge psychologique ou médicale immédiate, alors qu’il a inhalé des fumées toxiques toute la nuit. Un policier lui a simplement demandé de quitter les lieux. Aujourd’hui, alors que l’enquête devra déterminer les causes de cet incendie accidentel, Gianni tente de réaliser qu’il a traversé l’une des pires tragédies que le pays ait connues.








