Le prix exorbitant d’une simple figuration
Tout commence à Turin, en février 2021. Claudio, retraité depuis 2019, décide de participer au tournage d’un film en tant que figurant. L’expérience est brève : une seule journée de présence sur le plateau. La rémunération est modeste : 78 euros et 48 centimes. Une somme anecdotique qui va pourtant déclencher une tempête financière.
Trois ans plus tard, c’est la douche froide. L’INPS (l’équivalent italien de la Sécurité sociale) lui envoie une mise en demeure stupéfiante. L’institution lui réclame le remboursement de l’intégralité de ses pensions versées sur l’année 2021, soit un total de 24 076 euros. Pour récupérer cette somme, l’administration commence même à ponctionner 344 euros chaque mois sur sa pension.
« Quota 100 » : le piège de la réforme
Comment une telle disproportion est-elle possible ? Le diable se cache dans les détails de la réforme des retraites italienne de 2019, baptisée « Quota 100 ». Ce dispositif permet de partir à la retraite de manière anticipée, mais impose une règle stricte : l’interdiction de cumuler sa pension avec un emploi salarié, sous peine de voir le versement de la retraite suspendu.
Si le travail autonome occasionnel est toléré (dans la limite de 5 000 euros par an), le contrat de Claudio a posé problème. Bien qu’il n’ait travaillé qu’un seul jour, il a été déclaré en contrat à durée déterminée (salarié) et non en collaboration occasionnelle. Pour l’administration, la sanction est binaire : peu importe la durée ou le montant gagné, l’année entière de pension est annulée.
Quatre ans de bataille pour la justice
Refusant de payer 300 fois la somme qu’il avait gagnée, le retraité a engagé un bras de fer juridique qui aura duré quatre ans. Son avocate a dénoncé une « sanction inutilement pénible », arguant que la punition devait être proportionnelle à l’infraction.
La Cour des comptes du Piémont a finalement tranché ce mois-ci en faveur du bon sens. Le juge a estimé que le principe de proportionnalité devait s’appliquer. Résultat : Claudio ne devra rembourser que la pension du mois où il a travaillé (février 2021), soit environ 2 000 euros. Une somme qui reste conséquente pour une journée à 78 euros, mais qui lui évite la ruine.
En France aussi, le cumul peut coûter cher
Si cette histoire se passe de l’autre côté des Alpes, les retraités français ne sont pas à l’abri des subtilités administratives. Un cas similaire a touché Patricia Grand, une habitante de Côte-d’Or. Retraitée de la fonction publique hospitalière le 31 décembre 2014, elle avait repris un travail dès janvier 2015.
Malheureusement pour elle, la loi sur le cumul emploi-retraite avait changé exactement le 1er janvier 2015. Pour cette erreur de timing, la Caisse nationale des retraites lui a réclamé près de 8 000 euros de trop-perçu. Une situation qui l’avait poussée à déclarer avec amertume :
« Il aurait mieux valu que je démissionne et me mette au chômage plutôt que de retravailler pour ne pas dépendre de la société. »








