Mais au-delà du choc des images et de la méthode commando de l’administration Trump, que contient réellement le dossier judiciaire ? Washington ne l’accuse pas seulement d’être un dictateur, mais le « parrain » d’une organisation criminelle tentaculaire. Entre alliances avec les guérillas colombiennes, trafic de cocaïne d’État et corruption systémique, voici ce qui pèse sur les épaules de Maduro.
Le « Cartel des Soleils » : fantasme ou réalité ?
C’est la clé de voûte de l’accusation américaine. Le département de la Justice (DOJ) désigne Nicolas Maduro comme le chef suprême du Cartel de los Soles (le Cartel des Soleils). Ce nom fait référence aux insignes étoilés (les soleils) que portent les généraux vénézuéliens sur leurs épaulettes.
Selon l’acte d’accusation de 28 pages mis à jour en décembre dernier, il ne s’agit pas d’un cartel classique comme on l’entend dans les séries, mais d’une structure d’État. Washington affirme que depuis la fin des années 90, Maduro et ses proches ont transformé les institutions vénézuéliennes (armée, justice, douanes) en une immense plateforme logistique pour le trafic de drogue. Le but ? S’enrichir personnellement, mais aussi utiliser la cocaïne comme une « arme » pour déstabiliser les États-Unis.
L’alliance toxique avec les FARC
L’autre charge lourde du dossier concerne le « narcoterrorisme ». Les procureurs new-yorkais accusent Nicolas Maduro d’avoir scellé une alliance stratégique avec une faction dissidente des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), classées comme organisation terroriste.
Le deal décrit par la justice américaine est simple : le Venezuela fournit des armes, une protection militaire et un sanctuaire aux guérilleros colombiens. En échange, ces derniers organisent la production de cocaïne et son acheminement vers les États-Unis via le Venezuela. L’acte d’accusation évoque le transit de près de 250 tonnes de cocaïne pour la seule année 2020. Des cargaisons qui partent du Venezuela par pont aérien ou maritime vers l’Amérique Centrale avant d’inonder le marché américain.
L’affaire Air France et le hangar présidentiel
Pour étayer ces accusations, les procureurs s’appuient sur des incidents précis. L’un des plus retentissants remonte à septembre 2013 : la saisie record de 1,3 tonne de cocaïne à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, à bord d’un vol Air France en provenance de Caracas.
Selon le dossier d’accusation, la réaction de Maduro à cette saisie est accablante. Il n’aurait pas sanctionné ses officiers pour avoir participé à un trafic, mais leur aurait reproché leur manque de discrétion, leur demandant pourquoi ils n’avaient pas utilisé des voies plus sûres. Plus grave encore, la justice américaine affirme que le « hangar présidentiel » de l’aéroport international de Caracas a été utilisé à plusieurs reprises par la famille de Maduro pour expédier des centaines de kilos de drogue sans aucun contrôle.
Cilia Flores et le premier cercle dans le viseur
Nicolas Maduro n’est pas seul dans le box des accusés. Son épouse, Cilia Flores, arrêtée à ses côtés, est également inculpée. Surnommée la « première combattante » par la propagande du régime, elle est décrite par les procureurs comme une actrice clé du réseau, ayant usé de son influence pour placer des proches aux postes stratégiques du trafic.
D’autres figures du régime figurent sur l’acte d’accusation, notamment Diosdado Cabello, le puissant ministre de l’Intérieur. Ce dernier est soupçonné d’avoir coordonné les opérations sur le terrain et d’avoir ordonné des enlèvements et des assassinats pour éliminer les rivaux ou punir ceux qui n’avaient pas payé leur part au cartel.
Le scepticisme des experts face à la version américaine
Si le régime Maduro est indéniablement corrompu, la version d’un « super-cartel » hiérarchisé dirigé par le président laisse certains spécialistes dubitatifs. Plusieurs experts du crime organisé en Amérique Latine, comme ceux de l’ONG Insight Crime ou le chercheur Brian J. Phillips, nuancent le tableau.
- Pas de « Parrain » unique : Selon eux, le « Cartel des Soleils » est davantage un réseau horizontal et informel de militaires et fonctionnaires corrompus qu’une organisation pyramidale avec Maduro à sa tête.
- Un État permissif plutôt qu’acteur ? Si Maduro a fermé les yeux et profité financièrement du trafic pour acheter la loyauté de ses généraux, les preuves qu’il en soit l’architecte opérationnel direct sont plus difficiles à établir formellement.
- La carte politique : Qualifier Maduro de « chef de cartel » permet à Washington de criminaliser le régime entier et de justifier une intervention militaire (« Absolute Resolve ») sous couvert de lutte anti-drogue, contournant ainsi les règles classiques de la diplomatie.
Et maintenant ? Le combat juridique commence
La défense de Nicolas Maduro devrait attaquer sur la forme : la légalité de son arrestation. Ses avocats plaideront sans doute la violation de la souveraineté du Venezuela et de la Charte des Nations unies. C’est d’ailleurs un point soulevé par plusieurs capitales et observateurs internationaux, y compris le chancelier allemand Friedrich Merz qui, tout en critiquant le bilan de Maduro, a souligné la complexité juridique de l’intervention.
Cependant, la jurisprudence américaine est claire : peu importe la manière dont l’accusé arrive sur le sol américain, seul compte le procès. Si Nicolas Maduro et Cilia Flores sont reconnus coupables de complot d’importation de cocaïne et de port d’armes dans le cadre d’un trafic de drogue, ils encourent une peine minimale de 20 ans de prison, et potentiellement la perpétuité.








