L’humoriste Djimo mis en examen pour viol après deux ans d’enquête

L’humoriste Djimo mis en examen pour viol : l’enquête s’accélère Affaire Djimo : « Je pensais que c’était Lenny », le récit glaçant qui a tout fait basculer L’humoriste Djimo a été mis en examen pour viol ce 15 janvier. Retour sur une nuit trouble, des messages exhumés et une plainte tardive.
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C’est un véritable coup de tonnerre dans le monde du stand-up français. L’humoriste Djimo a été mis en examen pour viol ce jeudi 15 janvier, après deux années d’enquête et un changement de statut judiciaire qui rebat les cartes.

Vous avez forcément déjà vu son visage impassible et son style ultra-lent qui ont fait son succès sur Canal+ ou au Paname Art Café. Mais aujourd’hui, ce n’est plus pour ses vannes que l’homme de 35 ans fait la une.

Jusqu’ici placé sous le statut intermédiaire de « témoin assisté », Djimo est désormais officiellement poursuivi par la justice. On vous explique tout sur ce dossier complexe, entre souvenirs flous, blagues douteuses et bataille d’avocats.

Un tournant judiciaire majeur pour l’humoriste

Pour comprendre l’importance de cette nouvelle, il faut regarder la procédure. Depuis l’ouverture de l’information judiciaire en janvier 2024, Djimo bénéficiait du statut de témoin assisté. En clair, la justice le soupçonnait, mais estimait ne pas avoir assez de preuves lourdes pour le mettre en examen.

Ce verrou a sauté le 15 janvier. Le parquet a requalifié les faits et prononcé sa mise en examen pour « viol ». Une décision qui valide, aux yeux de la procédure, l’existence d’indices graves ou concordants.

En revanche, son ami et collègue Lenny M’Bunga, également visé par la plainte initiale pour complicité, conserve pour l’instant son statut de témoin assisté. Une distinction qui montre que la justice commence à isoler les responsabilités dans cette nuit de 2015.

La « technique du changement » au cœur de l’accusation

Les faits remontent à l’été 2015. Élise Vigné, la plaignante, est alors âgée de 21 ans. Elle travaille comme régisseuse au Paname Art Café, le QG de la nouvelle vague de l’humour parisien. L’ambiance y est décrite comme « familiale », presque une colocation géante entre artistes.

Un soir, après une fête, elle invite Djimo et Lenny M’Bunga à dormir chez elle. Selon son récit, rapporté par Mediapart et confirmé par Le Parisien, elle a d’abord une relation sexuelle consentie avec Lenny M’Bunga dans sa chambre.

C’est ensuite que tout bascule. Alors qu’elle pense être seule et commence à s’endormir dans le noir complet, la porte s’ouvre à nouveau.

Quelqu’un rentre dans la chambre, je pense que c’est Lenny. Il me pénètre. Je lui dis que je ne veux pas, que je suis fatiguée. D’un coup, la personne se lève et part en courant.

Élise Vigné raconte avoir alors découvert Djimo sur le palier, « le pantalon ouvert ». La mécanique décrite est glaçante : une substitution de partenaire dans l’obscurité, sans le consentement de la jeune femme.

Un sketch comme preuve accablante ?

C’est souvent là que les affaires de violences sexuelles deviennent parole contre parole. Mais dans ce dossier, un élément troublant vient appuyer la version de la plaignante : une « blague ».

Quelques jours après les faits, un ami comédien d’Élise assiste à une représentation de Lenny M’Bunga. Sur scène, l’humoriste joue un sketch qui résonne étrangement avec la réalité.

Selon les témoignages recueillis par l’enquête, Lenny y raconte l’histoire d’un gars qui dort chez une fille, couche avec elle, et laisse ensuite sa place à son pote dans le lit sans que la fille ne s’en aperçoive. Pour Élise, c’est le déclic. Ce qu’elle a vécu n’était pas un cauchemar flou, mais une scène racontée publiquement sous couvert d’humour.

Des messages exhumés qui pèsent lourd

L’enquête a également permis de retrouver des échanges de messages datant de l’époque. Si Djimo a d’abord nié agressivement les faits lorsque Élise l’a confronté juste après la soirée, son ton a changé quelques semaines plus tard.

Dans des captures d’écran versées au dossier, l’humoriste écrit à la jeune femme : « J’ai vraiment cru au début que tu pensais que c’était moi… c’est là où je suis sorti de la chambre franchement je me sentais mal ». Plus accablant encore, il aurait écrit noir sur blanc : « Je suis responsable ».

Ces éléments écrits, combinés au témoignage sur le sketch, ont probablement pesé dans la balance pour convaincre le juge d’instruction de durcir le ton et de prononcer la mise en examen.

La contre-attaque de la défense

Face à cette accélération judiciaire, le camp de Djimo ne reste pas silencieux. Ses avocats, Maîtres Gabriel Dumenil et Marc Bailly, dénoncent un acharnement procédural.

Leur ligne de défense est claire : il n’y a rien de neuf. Pour eux, cette mise en examen est un « revirement qui n’est fondé sur rien de nouveau ». Ils soulignent que tous les éléments (les messages, les témoignages) étaient déjà connus lors de la première phase de l’enquête qui n’avait abouti qu’au statut de témoin assisté.

Les avocats ont immédiatement annoncé faire appel de cette décision. Djimo, quant à lui, continue de clamer son innocence et reste « combatif ».

Pourquoi la plainte arrive-t-elle si tard ?

C’est une question qui revient souvent sur les réseaux sociaux : pourquoi avoir attendu 2023 pour porter plainte pour des faits de 2015 ?

  • La peur des représailles : Élise Vigné explique qu’à l’époque, « le monde n’était pas prêt ». S’attaquer à des étoiles montantes de l’humour semblait impossible.
  • Le traumatisme : Il faut souvent des années pour mettre des mots sur un viol, surtout quand l’agresseur est une connaissance.
  • L’effet #MeTooStandUp : La libération de la parole dans le milieu de l’humour ces dernières années a donné le courage nécessaire à de nombreuses victimes pour franchir la porte du commissariat.

Pour l’avocate d’Élise Vigné, cette mise en examen est une « avancée procédurale majeure ». Pour la plaignante, c’est surtout un soulagement : « Ça signifie qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui me croit ». L’instruction va désormais se poursuivre, mais l’affaire a définitivement changé de dimension.

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