Suicides à l’école vétérinaire d’Alfort : un père interpelle l’État

C’est une série noire qui glace le sang et brise le mythe du « métier passion ». Après trois suicides à l’école vétérinaire d’Alfort depuis la rentrée, le père d’une victime interpelle directement le gouvernement pour sauver les vivants.
ecole veterinaire alfort

On imagine souvent les écoles vétérinaires comme l’antichambre d’un métier de rêve, au contact des animaux. Mais derrière les murs en briques rouges de la prestigieuse École nationale vétérinaire d’Alfort (Enva), à Maisons-Alfort, l’ambiance est lourde. Très lourde.

Depuis la rentrée scolaire de septembre 2025, trois femmes ont mis fin à leurs jours : deux étudiantes et une enseignante. Face à cette tragédie qui se répète, un père a décidé de transformer sa douleur en combat. Sa fille, qui venait de débuter son internat, s’est suicidée en septembre dernier. Aujourd’hui, il refuse que son décès soit juste un chiffre de plus dans une statistique effrayante.

Une lettre pour briser l’omerta

Ce mercredi 21 janvier, ce père endeuillé a envoyé un courrier au Premier ministre, Sébastien Lecornu. Pas pour demander de la compassion, mais pour exiger des actes. Les mots, rapportés par la cellule investigation de Radio France, sont d’une lucidité terrible.

Malgré notre chagrin, notre douleur et les très nombreuses questions que nous nous posons, il n’est plus possible que nous restions silencieux.

Ce qu’il dénonce, c’est l’inaction. Alors qu’une seconde étudiante a commis l’irréparable en ce tout début d’année 2026, ce père estime que les signaux d’alerte clignotaient déjà rouge vif depuis des mois. Pour lui, « l’État a l’obligation d’agir ».

Il ne demande pas simplement une écoute, mais une intervention musclée : la mise en place d’une équipe nationale d’experts en gestion de crise. Une équipe indépendante, capable d’aller chercher la parole des étudiants qui, souvent, se murent dans le silence par peur de compromettre leur avenir.

15,7 % des étudiants en danger de mort ?

Le plus révoltant dans cette histoire, c’est que la détresse des futurs vétos n’est pas un secret. En mai 2025, un rapport explosif commandé par les quatre écoles nationales (Alfort, Lyon, Nantes, Toulouse) avait déjà jeté un pavé dans la mare.

Les chiffres de cette étude font froid dans le dos. Sur près de 1 600 répondants, 15,7 % déclaraient avoir pensé, au cours des deux semaines précédentes, « qu’il vaudrait mieux mourir ou se faire du mal ».

On parle ici d’environ 250 jeunes brillants, sélectionnés drastiquement, qui se retrouvent au bord du gouffre. Pression scolaire, surcharge de travail, sélection impitoyable… Le cocktail est toxique. Le père de la victime pose la question qui fâche : « Qui sont ces 250 étudiants ? Rien qu’à Alfort, trois suicides ont eu lieu. Il est urgent de les identifier. »

La réponse des institutions : suffisant ?

Du côté de l’administration, on assure avoir pris la mesure du drame. La direction de l’Enva se dit « bouleversée » et affirme avoir renforcé ses dispositifs : groupes de parole, psychologues, numéros d’urgence accessibles la nuit.

Mais est-ce suffisant face à un problème systémique ? La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a réagi ce jeudi matin. Si elle reste prudente, refusant de « mettre en cause qui que ce soit » sans enquête approfondie, elle concède que la situation n’est « pas admissible ».

« S’il y a dans les conditions d’apprentissage des éléments d’explication, il faudra qu’on se penche très sérieusement sur cette situation », a-t-elle déclaré. Une réponse politique qui devra vite se traduire par des actes concrets pour rassurer des familles et des étudiants à bout de nerfs.

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