Le rêve des uns, le cauchemar des autres
On a tous déjà vécu cette scène. Vous êtes installé confortablement dans votre TGV, prêt à travailler ou à dormir, quand soudain, les pleurs d’un nourrisson ou les cris d’un bambin surexcité viennent briser le silence. C’est précisément pour éviter ce scénario que la SNCF a lancé, le 8 janvier dernier, sa nouvelle gamme « Optimum Plus ».
Destinée à remplacer l’ancienne « Business Première » sur la ligne très fréquentée Paris-Lyon, cette offre promet calme et volupté aux professionnels prêts à payer le prix fort (entre 108 et 180 euros). Sauf que la petite ligne en bas du contrat a mis le feu aux poudres. Sur le site de réservation, on pouvait lire noir sur blanc : « Pour garantir un maximum de confort à bord de l’Espace dédié, les enfants ne sont pas acceptés ».
Une discrimination qui ne passe pas
Il n’en fallait pas plus pour que les associations et de nombreux parents montent au créneau. Le podcast militant « Les adultes de demain » a été l’un des premiers à dégainer, accusant la compagnie ferroviaire de céder à la « tendance dangereuse du no kids ».
Leur argument ? Dans un pays où la natalité est en berne, considérer l’enfant comme une nuisance sonore dont il faudrait se protéger est un signal sociétal désastreux. Certains internautes vont même plus loin, brandissant le Code pénal et parlant de discrimination illégale basée sur l’âge. Après tout, le TGV reste un service public, non ?
Dans un pays où l’on s’inquiète de la chute la natalité, comment ne pas voir nos propres contradictions ? On s’alarme du manque d’enfants. Mais on façonne un monde où l’on assume que leur présence devient indésirable.
La polémique est remontée jusqu’au gouvernement. Sarah El Haïry, la haute-commissaire à l’Enfance, s’est dite choquée, rappelant que voyager en famille « n’est pas un problème à corriger, mais une réalité à accompagner ». Elle a même demandé à rencontrer Jean Castex, le patron de la SNCF, pour tirer cette affaire au clair.
La SNCF plaide la « maladresse »
Face au tollé général et aux accusations de « child-free » radical, la SNCF a dû revoir sa copie en urgence. La communication de crise s’est activée pour éteindre l’incendie. L’entreprise évoque aujourd’hui une « formule marketing maladroite » qui a été rapidement supprimée du site web.
Gaëlle Babault, directrice de l’offre TGV Inoui, a tenu à remettre l’église au milieu du village. Selon elle, il ne s’agit pas d’interdire le train aux enfants, mais de réserver un espace de travail spécifique. D’ailleurs, la règle a été clarifiée : l’espace est accessible à partir de 12 ans. Ce n’est donc pas une interdiction totale des mineurs, mais une restriction pour les plus petits.
La réalité des chiffres
Pour dégonfler la polémique, la compagnie ferroviaire avance des arguments chiffrés. Ces fameux sièges interdits aux moins de 12 ans ne représentent en réalité qu’une infime partie de l’offre :
- Cela concerne uniquement 39 places par train.
- C’est seulement 8% de la capacité totale d’un TGV.
- L’offre est active uniquement du lundi au vendredi (pas le week-end).
L’opérateur rappelle aussi que cette restriction existait déjà dans l’ancienne offre Business Première, sans que personne ne s’en offusque à l’époque. Le problème viendrait donc surtout de la formulation brutale « enfants non acceptés » qui a heurté les sensibilités.








